Sahel Découverte

Emigration clandestine : 448 illégaux largués à Saint-Louis

 

Walfadjri - Gabriel BARBIER - Mercredi 24 Janvier 2007

 

Pendant que le gouvernement organisait, à grand renfort de publicité, le voyage sur l'Espagne de jeunes triés sur le volet, Madrid renvoyait sur Saint-Louis un contingent de 448 clandestins dont deux femmes qui se disent prêtes à re-tenter l'aventure, quelles qu'en soient les conditions.

 

(Correspondance) - Quatre cent quarante huit jeunes clandestins ont été débarqués hier à l'aéroport de Saint-Louis. Parmi ces malheureux candidats à l'émigration, il y avait la présence de deux femmes : Coura Fall, originaire de Touba, ‘divorcée et mère de quatre enfants’, commerçante de son état et Francisca Lampoutess de Pikine à Dakar qui s'activait, avant de tenter la périlleuse aventure espagnole, dans la coiffure et la teinture.
Parties de la Gambie, en même temps que quatre-vingt autres candidats à l'émigration clandestine, le 24 Décembre 2006, elles sont finalement arrivées, dans la péninsule ibérique, après quinze jours de traversée. Revenues ensemble dans le même convoi, après avoir partagé la même chambre dans le camp de détention de Tenerife, elles partagent la même idée de retourner en Espagne ‘par le canal de l'émigration choisie ou par la clandestinité’. ‘Nous étions bien traitées dans le camp de rétention de Tenerife. Cela n'est qu'un aperçu de ce qui nous attendait. Entre l'Espagne et le Sénégal, il n'y a pas photo. Des Sénégalais comme nous ont réussi et nous font miroiter tout ce qu'ils gagnent là-bas, alors pourquoi pas nous ?’, lâchent-elles, décidées à, encore, affronter l'oc éan Atlantique.

 

Une fois sur la terre ferme sénégalaise, comme leurs camarades, elles ont, aussi, dénoncé les conditions dans lesquelles leur rapatriement s'est opéré, exhibant, tels des trophées de guerre, les cordes qui ont servi à les attacher tout au long du voyage. Elles expliquent ne pas comprendre pourquoi le gouvernement sénégalais a cautionné leur retour non désiré ‘contrairement à la Gambie où le président Yaya Jammeh refuse que les espagnols d éversent des émigrés’.

 

Répondant à nos questions, Coura Fall a fustigé le comportement de deux intermédiaires qui ont pignon sur rue en Espagne. A en croire la dame, deux individus qui se nomment Chérif et Kara filtrent et choisissent les clandestins qui doivent rester en Espagne, en leur facilitant une nationalité autre que sénégalaise, selon qu'ils soient leurs parents ou qu'ils déboursent 100 mille francs Cfa. ‘Nous sommes revenus parce que nous n'avions pas rempli ces conditions’, se d ésole la native de Touba.

 

Amdy Diouf, mécanicien à Tivaouane, renseigne que ‘la Tabaski nous a trouvés en haute mer. Pendant que tout le monde dégustait de la viande, nous croquions des biscuits ‘.

 

Pour rappel, du jeudi 14 septembre au mercredi 25 octobre 2006, ce sont plus de 4 700 jeunes malheureux candidats à l'émigration clandestine qui ont été largués à l'aéroport international Dakar-Bango, à bord de 63 vols charters espagnols, via le pont aérien Espagne-Saint-Louis du Sénégal. A ce chiffre effarant de jeunes clandestins rapatriés d'Espagne, il convient d'ajouter le largage, dans des conditions difficiles, d'environ 3 000 clandestins perdus en haute mer à Rosso-Sénégal, au plus fort du flux migratoire vers l'Espagne.

 

 

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2010 Saint-Louis du sénégal - Photos © D.R