Emigration
clandestine :
Saint-Louis profondément marqué par le phénomène
Walfadjri
- Gabriel BARBIER - Jeudi 04 Janvier 2007
A Saint-Louis, les populations de la région Nord sont
restées profondément marquées par l'émigration
clandestine qui a tenu en haleine, pendant toute l'année
2006, cette partie du pays. Malgré les mesures dissuasives
prises par les autorités étatiques, le phénomène
migratoire continue de faire son petit bonhomme de chemin. De
même le rapatriement de près de 4 700 jeunes malheureux
clandestins, à l'aéroport international Dakar-Bango, à bord
de 63 vols charters espagnols, via le pont aérien Espagne-Saint-Louis
du Sénégal du Jeudi 14 Septembre au Mercredi 25
Octobre dernier et le largage dans des conditions difficiles,
d'environ 3 000 clandestins perdus en haute mer à Rosso-Sénégal,
n'a pas découragé les plus téméraires
de candidats à l'émigration clandestine.
(Correspondance)
- Les conséquences désastreuses de cette émigration
clandestine et les énormes pertes en vie humaine, enregistrées
en haute mer, font encore des vagues dans la vieille cité,
ancienne capitale de l'Afrique occidentale française.
Dans la ville de Mame Coumba Bang, on a pourtant cru, un moment, à la
fin de ce flux migratoire, avec l'arrestation au mois de juillet
dernier du supposé cerveau de l'émigration clandestine,
le nommé Baye Seck. L'information, qui a également
défrayé la chronique en dernière instance,
est relative à la mise sous mandat de dépôt
de trois pêcheurs de Guet-Ndar, poursuivis pour avoir
dépossédé de leurs biens vingt-cinq candidats à l'émigration
clandestine qu'ils ont pourtant sauvés de la mort en
haute mer.
Dans la capitale du Nord, estampillée plaque tournante
de l'émigration clandestine, jusqu'à l'émergence
de nouveaux sites d'embarquement, à travers le pays, l'on
croit de moins en moins au plan Reva pour faire face à la
ruée vers l'eldorado espagnol. Comme solution au problème
de l'émigration clandestine, les Saint-Louisiens estiment
que le gouvernement gagnerait à jouer la carte de la relance
de l'activité industrielle. Et les Ndar-Ndar de préciser
que ‘le Plan Reva ne fait vraiment pas rêver’.
Enseignant de son état, Alioune Fall soutient avec la
dernière énergie que ce programme n'attire pas
les jeunes, pour la bonne et simple raison que la plupart des
candidats à cette émigration clandestine viennent
des campagnes et ont été victimes de l'exode rural.
Ces
jeunes, en un moment donné, ont cru qu'ils allaient
réussir facilement dans les centres urbains où en
définitive ils n'ont trouvé que l'humiliation,
la grande déception, la pauvreté, l'individualisme
et autre face cachée du modernisme. Cet emploi décent
qu'ils espéraient trouver en ville, ils ne l'ont pas
du tout obtenu. Et ce, après avoir consenti des efforts
incommensurables pour faire face aux affres de la promiscuité urbaine,
aux exigences de la mobilité urbaine, aux pollutions
atmosphérique et sonore des grands centres urbains et
autres fléaux pernicieux qui gangrènent les sociétés
urbaines. Ce sont ces mêmes jeunes, poursuit notre interlocuteur,
qui ont toujours rêvé de partir de leur propre
créativité pour se réaliser, qui se sont
finalement rabattus sur l'émigration clandestine. Un
phénomène qui les fait encore rêver d'autant
plus que certains de nos concitoyens qui ont eu l'occasion
de s'enrichir en Espagne ou dans d'autres pays européens,
n'ont pas encore arrêté de leur miroiter un avenir
radieux en Europe.
Par
des métaphores, des anecdotes et autres paraboles, l'enseignant
a tenté de nous expliquer que ces jeunes sénégalais
adhéreront difficilement à ce Plan Reva qui cherche
vaille que vaille à les faire retourner vers une agriculture
qui les a déjà appauvris. En d'autres termes,
précise-t-il, ils n'attendent rien de cette agriculture
qui ne donne plus rien dans notre pays. Pour faire face à ce
chômage endémique, à cette émigration
clandestine, le gouvernement, de l'avis de cet enseignant,
doit d'ores et déjà réfléchir sur
les voies et moyens à mettre en œuvre pour favoriser
l'émergence des usines dans notre pays et relancer de
manière durable les activités industrielles en
vue de permettre à nos jeunes de trouver un emploi décent.
Ces derniers veulent un emploi salarié. Ils veulent
gagner honnêtement leur vie, à la sueur de leur
front.
Ils
veulent également disposer de sources de revenus mensuels
ou s'atteler autour d'un projet porteur et viable qui pourrait
leur permettre de créer d'autres emplois.