Sahel Découverte

Célébration du15 Août à Saint-Louis

 

Le Soleil - 14 août 2007


Photo : Eddy Graëff

 

15 août. L'évocation de cette date renvoie immédiatement à l'Assomption, qui marque la montée au ciel de la Vierge Marie. A Saint-Louis, cette date renvoie également à des réjouissances publiques indéfinissables. Cette fête tant attendue et qui figure en bonne place dans l'agenda des fêtards, retiendra toutes les attentions puisque depuis le début du week-end dernier, la vieille ville connaît un afflux important d'estivants venus uniquement découvrir les secrets de cette fête religieuse désormais entrée dans les moeurs culturelles. Avec la brusque montée du mercure, enregistrée ces derniers jours, la plage de l'Hydrobase, déjà envahie par des milliers de « vacanciers baigneurs », demeurera incontestablement le coin le plus couru et connaîtra, à n'en point douter, un véritable rush.

 

Naguère une affaire des Saint-Louisiens, cette fête a atteint une dimension incommensurable. Et aujourd'hui, ce sont des dizaines de milliers de personnes en provenance de Matam, Louga, Thiès, Louga, Dakar, Ziguinchor, de la Mauritanie et de la Gambie, qui envahissent la capitale du Nord et vont se jeter sur sa « moquette » sablonneuse pour se bronzer sous ce soleil qui tape très fort en cette période de grande chaleur et découvrir les toutes nouvelles joies du temps libre pour expérimenter les plaisirs de la plage et également faire la bamboula. Et chose rarissime, on peut, à la plage de l'Hydrobase, planter son parasol ou sa tente là où l'on veut et profiter de la mer, sans mettre la main à la poche. Les premiers arrivés sont les premiers servis et les plus malins, à défaut d'y passer la nuit, débarquent sur place dès les premières heures de la matinée. A dix heures, c'est l'embouteillage, et trouver un hypothétique mètre carré pour s'installer relève de l'utopie.

 


Comme il faut s'y attendre, ce grand jour de fête se traduit par des embouteillages monstres. Et tous les moyens sont bons pour rejoindre la plage : marche, vélo, moto, car, taxi, charrette. Pour rallier l'incontournable Hydrobase, il n'est pas étonnant de voir les taxis et autres cars rapides doubler voire même tripler leurs tarifs. « On a que des moments comme les fêtes de Tabaski ou du 15 août pour réaliser de bons chiffres d'affaires », déclare Sidath Diop, un taximan, avant de poursuivre : « cette hausse des tarifs durant les fêtes n'est pas un phénomène nouveau et les populations nous comprennent. Ils y sont bien préparés et cela ne gâche en rien la fête. Ce n'est qu'un seul jour et il nous faut en tirer le maximum de profit. »

 

Chaque 15 août, les pèlerins, par milliers, convergent sur la plage de l'Hydrobase pour une journée de fête qui, aujourd'hui, commence à prendre des allures débridée, voire licencieuses. Certains y voient un paradis terrestre, tandis que d'autres, un lieu de débauche, de luxure. Ce qui fait que cette célébration reste différemment appréciée. Les jeunes qui y trouvent leur compte et les vieux, stupéfiés par la tournure déplorable qu'a prise cet événement, fustigent. « Le 15 août est devenu aujourd'hui une grande fête et les choses ont véritablement changé. Autrefois, c'était seulement l'affaire des Saint-Louisiens, mais, aujourd'hui, c'est devenu un grand événement et les gens viennent de partout pour festoyer à Saint-Louis. Et ce qui est déplorable, c'est le changement d'attitude des jeunes qui ont dévié la trajectoire de cette fête. L'Hydrobase est envahie par un lâcher de gosses qui n'ont aucun respect pour les moeurs. Ils ont, à travers leurs actes obscènes, transformé cette plage en un véritable lieu de débauche et de déperdition morale. Les filles se mêlent aux hommes et font des actes qui heurtent la vertu. Il faut que cela cesse, sinon ce sera l'image de notre chère vieille ville qui sera à jamais ternie », clame tout haut El Hadji Ndiaye, un instituteur à la retraite qui s'est converti en pêcheur. Les populations de Guet Ndar sont du même avis. D'ailleurs, les habitants de ce quartier populeux, situé le long de la route qui mène à l'Hydrobase, ont toujours affiché leur mépris pour ces « gens de peu de foi » qui fréquentent tout le temps cette plage pour s'y adonner à des actes pas catholiques. Pour manifester leur désapprobation, ils n'hésitent pas à huer, conspuer et, dès fois même, jeter des ordures et eaux usées sur ces noceurs qui ne reculent devant rien. Toutefois, il faut souligner que ces réactions sont parfois le résultat des provocations de ces fêtards qui n'hésitent pas à les traiter d'« attardés ». « Le comportement des populations de Guet Ndar est irrémissible. Ils oublient que nous sommes dans un pays démocrate et que chaque citoyen est libre d'aller où il veut et faire ce que bon lui semble. Eux, ils ont choisi de rester chez eux, qu'ils laissent les autres vaquer à leurs occupations », lance Ameth Ndiaye, qui condamne fermement l'attitude des Guet-Ndarois. Toujours est-il qu'avec le thermomètre qui dépasse les 30 degrés, les maillots deux-pièces, bikinis, strings et autres monokinis risquent d'être fortement au rendez-vous, n'en déplaisent les défenseurs de la vertu. Et ce sont les libidineux et amateurs de bonne chair qui se délecteront jusqu'à avoir le tournis du spectacle gratuit offert par ces jeunes filles dénuées de toute moralité.

 

 

 

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