Sahel Découverte

L’imam Ratib s’insurge contre l’« instrumentalisation » de l’islam


Sud Quotidien - mardi 16 octobre 2007

Mosquee de Saint-Louis du Sénégal. Photo Eddy Graeff
Photo : Eddy Graëff

 

La majorité des fidèles musulmans de la ville de Saint Louis a célébré la fête de l’Aïd El Fitr ou Korité, marquant la fin du mois béni de ramadan, le samedi 13 octobre 2007. Dans son sermon, Cheikh Diallo, l’Imam intérimaire de la grande mosquée de la capitale du Nord, ne s’est pas empêché de dénoncer les maux qui gangrènent la société sénégalaise. Aussi, a-t-il appelé ses condisciples à se dresser contre l’ « instrumentalisation » de l’Islam et à un retour au Tawhid pour avoir le salut ici bas et à l’au-delà.

 

L’imam ratib de la grande mosquée de Saint Louis n’a pas porté de gants pour alerter ses condisciples venus nombreux célébrer la prière de la korité sur les dérives graves constatées dans la religion et l’instrumentalisation dont l’Islam est l’objet au Sénégal, selon lui. Argumentant ses propos avec sourates et hadiths, il a tenu à leur rappeler sans cesse la nécessité d’un retour aux sources du Saint Coran et de la Souna du prohète (Psl).

 

A l’en croire, les valeurs et vertus qui constituaient le socle du tissu social sénégalais ont cédé la place au « mensonge », à la « médisance », à la « calomnie », à l’ « ingratitude », à la « trahison », au défaut de respect de la parole donnée. Toutes ces pratiques, créées et entretenues par une nouvelle couche sociale « aisée » et autres parvenus par le biais de la télévision (le sketch du ramadan de Lamarana Diallo à la Rts) sont antinomiques des préceptes de l’Islam et sont aux antipodes des valeurs ancestrales bien sénégalaises de Ngor.

 

Aussi, l’argent et le pouvoir ont rompu toutes les chaînes de valeurs et de vertus avec la désacralisation des liens parentaux de sang, le développement exponentiel de l’individualisme, les dépenses de prestige, les relations d’intérêt et les nouveaux réseaux d’amitié qui se sont créés en fonction de la place des concernés dans la société. Pour parer à tous ces maux qui minent la société ; il en a appelé ses condisciples à arborer le manteau de la Vérité, à la mise en place d’une justice équitable pour tous et rendue conformément aux prescriptions divines et aux recommandations du prophète (Psl).

 

L’islam étant venu pour vaincre les disparités ; l’imam plaidera pour « une tolérance et une plus grande prise en compte des groupes vulnérables, notamment les femmes, les déshérités (miskiines), les orphelins, qui subissent de plein fouet le manque de solidarité islamique né de l’individualisme galopant ». Considérant ainsi l’opulence dans la pauvreté que vivent les Sénégalais ; il a indexé les occidentaux comme étant « les principaux instigateurs de cette perte de repaire pour nous avoir savamment inculqué leur égoisme ». Avant de poursuivre que « l’imitation des habitudes des Tiédos, qui jurent avec les enseignements du Saint Coran, est la principale source de notre aveuglement ».

 

Compte tenu de la place du musulman auprès de son Créateur, l’imam soutient que les morts que l’on déterre pour les besoins d’autopsie constituent un problème aujourd’hui dans la mesure où « enterrer et déterrer une personne obéit à des règles extrêmement complexes ».

 

Considérant que le rythme ou les morts musulmans sont déterrés participe, selon lui, à cette « instrumentalisation » de l’Islam, il appellera les musulmans à s’opposer contre cette pratique car les médecins doivent s’entourer de toutes les garanties avant de délivrer un permis d’inhumer.

 

 

 

 

Tous droits réservés © Cyber-Prod
2010 Saint-Louis du sénégal - Photos © D.R