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Louis Camara à propos des journées littéraires de Saint-Louis :
‘Mettre en relief la vocation multiculturelle de la ville’


Walfadjri - Mardi 09 Octobre 2007 - Propos recueillis par Gabriel BARBIER


Louis Camara, ecrivain, chercheur, Saint-Louis du Sénégal . Photo Eddy Graëff
Photo : Eddy Graëff

 

Un pays, où l'art et la littérature n'existent plus ou sont caporalisés, est une nation désertée par l'espoir. C'est une des convictions du grand prix du chef de l'Etat pour les Lettres qui s'attelle à organiser les premières Journées littéraires de Saint-Louis. A quelques encablures de l’événement, prévu les 19 et 20 octobre prochain, l'écrivain Louis Camara, qui en est le coordonnateur, revient sur l'importance et la portée historique de cette manifestation.

 

Wal Fadjri : Pouvez-vous nous parler des Journées Littéraires de Saint-Louis annoncées pour les 19 et 20 Octobre courant, dont vous êtes le coordonnateur ?


Louis CAMARA : Les premières Journées Littéraires de Saint-Louis auront effectivement lieu les vendredi 19 et samedi 20 Octobre prochains en divers endroits de l'île. Il y aura un récital de lecture au lieu dit ‘la grue du Nord’ avec la participation de jeunes comédiens et musiciens de la ville, des conférences animées par des professeurs et critiques littéraires sur le thème : ‘Le roman saint-louisien dans tous ses états’, une restitution d'ateliers de théâtre avec des élèves de l'école française Saint-Exupéry et de l'école primaire Ndatté Yalla de Saint-Louis, des récitals de poèmes aux lycées Ameth Fall et Faidherbe. Ce sera donc une manifestation placée sous le sceau de la simplicité mais aussi de la qualité.

 

Wal Fadjri : Quels sont vos partenaires pour ce projet ?

 

Louis CAMARA : Je citerai en premier lieu le ‘Projet Qualité’ de la coopération française, logé au ministère de l'Education nationale et dirigé par M. Denis Lacouture. Le ‘Projet Qualité’ a bien voulu, sur ma demande et après en avoir examiné le contenu, assurer l'essentiel de la logistique des Journées littéraires de Saint-Louis dans le cadre de la manifestation internationale ‘Lire en fête’ qui se déroule aux mêmes dates dans l'ensemble du monde francophone. Je l'en remercie vivement. Tout comme je remercie l'Institut culturel et linguistique Jean Mermoz et le Centre culturel régional Abdel Kader Fall et leurs directeurs respectifs qui ne ménagent aucun effort pour que cette manifestation soit couronnée de succès. Je n'oublie pas non plus les professeurs de Lettres de la ville, le Cercle des écrivains et poètes de Saint-Louis et tous les artistes de la ville, tous solidaires de ce projet qui est avant tout celui de leur cité.

 

Wal Fadjri : Des Journées littéraires de Saint-Louis avec le thème : ‘Le roman saint-louisien dans tous ses états’. Ne craignez-vous pas que votre projet soit pris comme une affaire exclusivement saint -louisienne ?

 

Louis CAMARA : Pas du tout. Si le projet est appelé Journées Littéraires de Saint-Louis, c'est tout simplement parce que la ville de Saint-Louis est le lieu où il se déroule. Cela aurait pu être Journées littéraire de Tambacounda ou Journées Littéraires de Ziguinchor, par exemple. Ceci, je vais quand même veiller à faire protéger ce label par le Bureau sénégalais du droit d'auteur. Quant au choix de la thématique, ‘Le roman saint-louisien dans tous ses états’, il découle du fait que j'ai personnellement identifié une dizaine d’œuvres de fiction dont le cadre d'expression se trouve être Saint-Louis et qui, prises ensemble, constituent un véritable corpus et un patrimoine littéraires spécifiques autour desquels il serait intéressant de mener une réflexion critique. Ceci dit, il ne me semble pas mauvais de rappeler également que Saint-Louis est le berceau de la littérature sénégalaise moderne et qu'il est tout à fait normal de songer à lui donner la place qui lui revient de droit dans le domaine des Lettres Sénégalaises.

 

Wal Fadjri : Etait-il devenu si important de redonner à la cité tricentenaire ses lettres de noblesse ?

 

Louis CAMARA : Que le patrimoine littéraire saint-louisien soit revisité, mis en valeur, n'est que justice car il fait aussi partie de l'histoire et de la culture de Saint-Louis et du Sénégal. Ces Journées littéraires seront aussi l'occasion de mettre en relief la vocation multiculturelle de Saint-Louis, terre de rencontres et de métissage par excellence comme le montrent bien les romans retenus par le corpus et qui sont l'œuvre d'écrivains aussi bien sénégalais que français ou d'ailleurs. Il n'y a donc aucune idée de provincialisme ni de chauvinisme dans ces Journées littéraires de Saint-Louis (Jls). Après tout, moi qui en suis le concepteur, je suis peut-être le moins Saint-Louisien des écrivains saint-louisiens. N'oubliez pas que je suis d'abord un conteur Yoruba, Le conteur d'Ifa (rires). Il est évident que les prochaines éditions des Jls porteront sur d’autres thématiques. Mais il était tout à fait normal de commencer par ‘Le roman saint-louisien’. A tout seigneur tout honneur, n'est-ce pas?

 

Wal Fadjri : Croyez-vous que les Saint-Louisiens se préoccupent de Littérature et que vos Journées littéraires les intéresseront ?

 

Louis CAMARA : J'ose espérer que les Saint-Louisiens d'aujourd'hui, à l'instar de ceux d'antan, gardent encore en mémoire la fameuse boutade de Karim, le héros du roman de Ousmane Socé Diop, ‘Saint-Louis du Sénégal, vieille ville française, centre du bon goût et de l'élégance sénégalais’ et qu'ils restent des hommes et des femmes de culture, attachés aux arts et à la littérature. J'ose espérer qu'ils auront plaisir à lire, ou relire, de beaux romans comme La plaie de leur défunt concitoyen Malick Fall auquel ils rendraient un bel hommage en lui donnant le nom d'une rue ou d'un édifice public. Car, hormis le fait d'être un grand écrivain, il fut aussi un grand serviteur de l'Etat, un enseignant et un diplomate hors pair. Vous savez, malgré toutes les vicissitudes auxquelles peut être confronté un pays, je crois fermement que l'art et la littérature authentiques, non pollués par la politique ou d'autres considérations autres qu'esthétiques, donneront toujours des raisons d'espérer aux gens qui leur vouent un culte. Un pays, où l'art et la littérature n'existent plus ou sont caporalisés, est un pays déserté par l'espoir. J'ose espérer que ce n'est pas le cas du Sénégal. Et c'est pourquoi je souhaite que cette première édition des Jls soit aussi un vivant symbole pour tous ceux qui ont foi en la liberté et au génie créateur de l'homme.

 

 

 

 

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