Un
pays, où l'art
et la littérature n'existent plus ou sont caporalisés,
est une nation désertée par l'espoir. C'est une des convictions
du grand prix du chef de l'Etat pour les Lettres qui s'attelle à organiser
les premières Journées littéraires de Saint-Louis.
A quelques encablures de l’événement, prévu
les 19 et 20 octobre prochain, l'écrivain Louis Camara, qui en
est le coordonnateur, revient sur l'importance et la portée historique
de cette manifestation.
Wal Fadjri : Pouvez-vous nous parler des Journées Littéraires
de Saint-Louis annoncées pour les 19 et 20 Octobre courant, dont
vous êtes le coordonnateur ?
Louis CAMARA : Les premières Journées Littéraires
de Saint-Louis auront effectivement lieu les vendredi 19 et samedi 20
Octobre prochains en divers endroits de l'île. Il y aura un récital
de lecture au lieu dit ‘la grue du Nord’ avec la participation
de jeunes comédiens et musiciens de la ville, des conférences
animées par des professeurs et critiques littéraires sur
le thème : ‘Le roman saint-louisien dans tous ses états’,
une restitution d'ateliers de théâtre avec des élèves
de l'école française Saint-Exupéry et de l'école
primaire Ndatté Yalla de Saint-Louis, des récitals de poèmes
aux lycées Ameth Fall et Faidherbe. Ce sera donc une manifestation
placée sous le sceau de la simplicité mais aussi de la
qualité.
Wal Fadjri : Quels sont vos partenaires pour ce projet ?
Louis CAMARA : Je citerai en premier lieu le ‘Projet Qualité’ de
la coopération française, logé au ministère
de l'Education nationale et dirigé par M. Denis Lacouture. Le ‘Projet
Qualité’ a bien voulu, sur ma demande et après en
avoir examiné le contenu, assurer l'essentiel de la logistique
des Journées littéraires de Saint-Louis dans le cadre de
la manifestation internationale ‘Lire en fête’ qui
se déroule aux mêmes dates dans l'ensemble du monde francophone.
Je l'en remercie vivement. Tout comme je remercie l'Institut culturel
et linguistique Jean Mermoz et le Centre culturel régional Abdel
Kader Fall et leurs directeurs respectifs qui ne ménagent aucun
effort pour que cette manifestation soit couronnée de succès.
Je n'oublie pas non plus les professeurs de Lettres de la ville, le Cercle
des écrivains et poètes de Saint-Louis et tous les artistes
de la ville, tous solidaires de ce projet qui est avant tout celui de
leur cité.
Wal Fadjri : Des Journées littéraires de Saint-Louis avec
le thème : ‘Le roman saint-louisien dans tous ses états’.
Ne craignez-vous pas que votre projet soit pris comme une affaire exclusivement
saint -louisienne ?
Louis CAMARA : Pas du tout. Si le projet est appelé Journées
Littéraires de Saint-Louis, c'est tout simplement parce que la
ville de Saint-Louis est le lieu où il se déroule. Cela
aurait pu être Journées littéraire de Tambacounda
ou Journées Littéraires de Ziguinchor, par exemple. Ceci,
je vais quand même veiller à faire protéger ce label
par le Bureau sénégalais du droit d'auteur. Quant au choix
de la thématique, ‘Le roman saint-louisien dans tous ses états’,
il découle du fait que j'ai personnellement identifié une
dizaine d’œuvres de fiction dont le cadre d'expression se
trouve être Saint-Louis et qui, prises ensemble, constituent un
véritable corpus et un patrimoine littéraires spécifiques
autour desquels il serait intéressant de mener une réflexion
critique. Ceci dit, il ne me semble pas mauvais de rappeler également
que Saint-Louis est le berceau de la littérature sénégalaise
moderne et qu'il est tout à fait normal de songer à lui
donner la place qui lui revient de droit dans le domaine des Lettres
Sénégalaises.
Wal Fadjri : Etait-il devenu si important de redonner à la cité tricentenaire
ses lettres de noblesse ?
Louis CAMARA : Que le patrimoine littéraire saint-louisien soit
revisité, mis en valeur, n'est que justice car il fait aussi partie
de l'histoire et de la culture de Saint-Louis et du Sénégal.
Ces Journées littéraires seront aussi l'occasion de mettre
en relief la vocation multiculturelle de Saint-Louis, terre de rencontres
et de métissage par excellence comme le montrent bien les romans
retenus par le corpus et qui sont l'œuvre d'écrivains aussi
bien sénégalais que français ou d'ailleurs. Il n'y
a donc aucune idée de provincialisme ni de chauvinisme dans ces
Journées littéraires de Saint-Louis (Jls). Après
tout, moi qui en suis le concepteur, je suis peut-être le moins
Saint-Louisien des écrivains saint-louisiens. N'oubliez pas que
je suis d'abord un conteur Yoruba, Le conteur d'Ifa (rires). Il est évident
que les prochaines éditions des Jls porteront sur d’autres
thématiques. Mais il était tout à fait normal de
commencer par ‘Le roman saint-louisien’. A tout seigneur
tout honneur, n'est-ce pas?
Wal Fadjri : Croyez-vous que les Saint-Louisiens
se préoccupent
de Littérature et que vos Journées littéraires les
intéresseront ?
Louis CAMARA : J'ose espérer que les Saint-Louisiens d'aujourd'hui, à l'instar
de ceux d'antan, gardent encore en mémoire la fameuse boutade
de Karim, le héros du roman de Ousmane Socé Diop, ‘Saint-Louis
du Sénégal, vieille ville française, centre du bon
goût et de l'élégance sénégalais’ et
qu'ils restent des hommes et des femmes de culture, attachés aux
arts et à la littérature. J'ose espérer qu'ils auront
plaisir à lire, ou relire, de beaux romans comme La plaie de leur
défunt concitoyen Malick Fall auquel ils rendraient un bel hommage
en lui donnant le nom d'une rue ou d'un édifice public. Car, hormis
le fait d'être un grand écrivain, il fut aussi un grand
serviteur de l'Etat, un enseignant et un diplomate hors pair. Vous savez,
malgré toutes les vicissitudes auxquelles peut être confronté un
pays, je crois fermement que l'art et la littérature authentiques,
non pollués par la politique ou d'autres considérations
autres qu'esthétiques, donneront toujours des raisons d'espérer
aux gens qui leur vouent un culte. Un pays, où l'art et la littérature
n'existent plus ou sont caporalisés, est un pays déserté par
l'espoir. J'ose espérer que ce n'est pas le cas du Sénégal.
Et c'est pourquoi je souhaite que cette première édition
des Jls soit aussi un vivant symbole pour tous ceux qui ont foi en la
liberté et au génie créateur de l'homme.
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