Sahel Découverte

Rapatriés d’Epagne à Rosso-Sénégal :

Etrangers dans leur propre pays

Le Soleil - Lundi 10 Décembre 2007 - Saliou Fatma LÔ

refugiés mauritaniens à Saint Louis du Sénégal
Photo : Eddy Graeff

 

Visiblement marqués par les péripéties d’un voyage à hauts risques, certains rapatriés d’Espagne par la voie terrestre traînent comme des âmes en peine à Rosso- Sénégal.

 

Zombies ou ombres chinoises, déambulant sans cesse entre les berges du Fleuve Sénégal et le centre marchand de la petite bourgade, qui s’éveille au jour, rythmée par des onomatopées, interjetions de toutes sortes, dans le tourbillon des commerçants qui se pressent vers l’embarcadère. Sur la berge accentuée par une incurvation du terrain, ils scrutent la crête d’horizon. Ces étrangers, dans leur propre pays, restent prisonniers de leur rêve d’aller à l’aventure et refusent de se réveiller. Car, leur château en Espagne venait de s’écrouler quelque part là-bas, dans les eaux glaciales de l’Atlantique, au moment précis où un bâtiment de gardes-côtes a arraisonné leur embarcation. Ils refusent, pour la plupart, d’admettre la dure réalité et s’emmurent dans un silence d’airain. Ces rapatriés d’Espagne par la voie terrestre refusent le plus souvent de se confiner au camp de la Croix -rouge et ressassent leur mésaventure. Il est vrai que la fréquence des arrivées a fortement baissé à cause des conditions atmosphériques et climatiques en haute mer, comme nous l’ont fait noter les responsables du camp. Mais, comme pour démentir la tendance, un autre convoi de 127 irréguliers est arrivé dans la nuit du 6 au 7 décembre. Ils ont été arrêtés au large de Nouadhibou par la Marine mauritanienne. La plupart d’entre ces clandestins sont originaires du Sud du Sénégal. Pour M. Bak, chef de la cellule d’accueil, « les arrivées nocturnes sont celles que nous préférons, car elles respectent un peu plus la dignité humaine des irréguliers, qui nous parviennent parfois dans des conditions déplorables. Il n’y a pas de badauds pour les regarder avec une pointe de curiosité gênante. Nous les accueillons, faisons le tri, les hébergeons, leur donnons à manger et convoyons le maximum de candidats malheureux après un repos mérité ». Il n’a pas manqué de déplorer la taille du centre qui est minuscule. « Il nous serait difficile dans les conditions actuelles de faire face à une arrivée de 300 ou 400 irréguliers à la fois ».

 

De ce point de vue, le chef des secouristes à la frontière a parfaitement raison, car, en fait de camp, l’espace ne compte que deux tentes et un débarras qui tient lieu de bureau à l’occasion. « Très sommaire même ». C’est la raison pour laquelle, M. Bak souhaite que les infrastructures soient étoffées pour permettre aux équipes de remplir leur mission avec plus d’efficacité. Car, vu les dommages que subissent certains irréguliers au cours de la traversée, le camp doit disposer de toilettes, de magasins pour stocker les habits de rechange et des denrées pour atténuer leur sentiment d’être des « étrangers » dans leur propre pays.

 

Refugiés - bonheur des Mauritaniens sur la Vallée du fleuve Sénégal :
En attendant le retour organisé

Amadou DIARRA le 14 decembre 2007

 

De Dagana à Podor en passant par Fanage et Ngaolé, la vie des réfugiés demeure une préoccupation, malgré la rencontre tripartite (Sénégal-Mauritanie, Hcr), pour résoudre le problème du retour des réfugiés.

 

Dans ces sites, les considérations et l’attention dont les réfugiés faisaient l’objet les premières années de leur installation, se sont amenuisés au fil des ans, bien que ces personnes déplacées restent reconnaissantes à l’endroit de l’Etat sénégalais pour son assistance administrative, sociale, morale et matérielle depuis ce sinistre mois de février 1989.

 

Seulement, la plupart des réfugiés regrette la longue attente et leur prise en charge par le Haut commissariat des réfugiés (Hcr) qui s’est fait de moins en moins sentir. Mais l’accord tripartite entre le Sénégal, la Mauritanie et le Hcr, signé à Nouakchott, a fini de se pencher sur le retour des réfugiés au bercail. La date du retour est à préciser, mais la nouvelle est déjà source de bonheur dans cette communauté de réfugiés. A les entendre évoquer leur attachement à leur patrie, la Mauritanie, on se rend compte que ces hommes et femmes, bien qu’étant réservés sur le sort qui les attend, et qui prend l’allure d’un saut vers l’inconnu, n’en exprimant pas moins un profond sentiment incommensurable de se retrouver parmi les siens.

 

Toutefois, l’accord tripartite garantit la reconnaissance de la citoyenneté mauritanienne, le retour organisé sous l’égide du Hcr, l’indemnisation des ayants droit (envers les orphelins), le recensement exhaustif des réfugiés, la restitution des biens confisqués ou, à défaut, juste une indemnisation. Il y a aussi la construction des sites d’hébergement anciens ou nouveaux lieux d’habitation des réfugiés viabilisés (eau, électricité, infrastructures sanitaires, scolaires, mosquées...), la récupération des terres spoliées en 1989, le recouvrement des droits des réfugiés de leur départ de la Mauritanie jusqu’à leur retour, la prise en compte effective des préoccupations des réfugiés, notamment des femmes, des élèves et des universitaires qui nécessitent des conditions d’insertion, etc.

 

Concernant le recensement, les réfugiés qui s’attendaient à trois séances comme prévu, n’en ont qu’une seule qui a laissé en rade la majorité. Certains étaient en voyage, d’autres attendaient le second ou troisième tour. Mais à leur avis, l’Etat sénégalais est responsable de tous ceux qui vivent sur son sol, et s’engage à régulariser le sort de ceux qui auraient choisi d’y rester. D’ailleurs, on parle de retour volontaire et non obligatoire.

 

Camp de Rosso-Sénégal :

Un cimetière des rêves de milliers d'émigrés clandestins

Gabriel BARBIER Walfadjri le 17 decembre 2007

 

Malgré les mesures prises, les candidats à la périlleuse traversée du Grand bleu essaient toujours de rallier la péninsule ibérique. En témoigne ce groupe de 131 voyageurs irréguliers qui sont arrivés, via la Mauritanie voisine, au camp de Rosso-Sénégal, Joint par téléphone, le représentant de la Croix rouge sénégalaise à Rosso-Sénégal explique que ‘c'est le vendredi 7 décembre dernier, vers minuit, qu'un premier convoi de 57 émigrés clandestins nous est arrivé. Le reste est venu par le bac de Rosso-Sénégal, quelques heures après, plus précisément le lendemain samedi aux premières heures. Ils étaient fatigués, dans un état piteux et tenaillés par la faim’, rappelle M. Bak. Le représentant de la Croix rouge sénégalaise laisse entendre, au passage, que ‘bien évidemment, nous avons fait le tri, nous les avons hébergés, nous les avons soignés et leur avons donné à manger’.
Ce rituel, les agents de la Croix rouge sénégalaise s'y consacrent depuis le 26 novembre 2006. ‘Nous avons installé ce camp en novembre 2006 lorsqu'on s'est rendu compte qu'en plus du largage, par le biais des vols charter espagnols, des clandestins à l'aéroport international de Dakar-Bango de Saint-Louis, d'autres malheureux candidats à l'émigration clandestine échouaient au large de Rosso-Sénégal, à bord de frêles embarcations affrétées par les garde-côtes mauritaniens qui les récupèrent en haute mer’, renseigne Khayar Bak. Poursuivant sa narration, Khayar Bak précise qu'‘en un an, nous avons pris en charge plus de 4 mille expulsés venant des côtes d'Espagne et du Maroc notamment. Nous avons donné le billet du retour au bercail à près de 2 200 rapatriés’.

 

Sommairement meublés, les locaux de la Croix rouge sénégalaise - situés sur le flanc gauche du célèbre bac de Rosso-Sénégal, en allant en Mauritanie - font face à deux tentes immaculées et frappées de l'emblème du Cicr. A notre passage, avant l'arrivée des 131 rapatriés, nous avons trouvé Abdoulaye et Samba Baldé, ressortissants de Vélingara et Abdoulaye Kaba un Gambien natif de Sérékunda. Autour des ‘trois normaux’ et grillant quelques cigarettes, nos hôtes ne se font pas prier pour raconter les péripéties de leur voyage mouvementé. D'emblée, ils assurent, tel un leitmotiv, qu'‘ils ont souffert le martyre’ et ne sont pas prêts à reprendre la mer par le moyen des embarcations de fortune. ‘Nous voulons, certes toujours partir en Espagne, mais souhaitons le faire par la voie légale, avec un visa dûment décerné. Pour l'instant, nous reprenons des forces avant de rejoindre nos familles’, souhaitent-ils.

 

D'un abord facile et d'une gentillesse à vous mettre mal à l'aise, Abdoulaye Kaba raconte que ‘seuls 22 rescapés ont été recensés dans notre embarcation qui a été sauvée de justesse, par les garde-côtes, après 16 jours de divagation en haute mer pour 55 morts. Nous avions embarqué à Ziguinchor’.

 

Dans un ‘français débrouillé’, mélangé à un anglais académique, le colosse gambien qui garde encore les stigmates du voyage avec une énorme déchirure à la paume de la main droite, a remercié les éléments de la Croix rouge sénégalaise ‘dont la gentillesse est sans commune mesure avec ce qu'on a vécu de l'autre côté du fleuve Sénégal’. Moins expansifs, Abdoulaye et Samba Baldé, qui sont pris en charge à Rosso-Sénégal, depuis le 28 novembre dernier, renseignent qu'ils ont embarqué de la ville mauritanienne de Nouadhibou. ‘Après le départ, notre embarcation a connu des ennuis mécaniques avec d'abord la perte d'un moteur. Le “capitaine“ à qui nous avons payé 1 million 250 mille francs s'est entêté à vouloir continuer l'odyssée. Finalement, nous avons été interceptés en haute mer, après de longs jours de souffrances et de privations’, regrettent nos interlocuteurs, visiblement soulagés de rejoindre la terre ferme ‘après avoir frôlé la mort’.

 

 

 

 

 

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2010 Saint-Louis du sénégal - Photos © D.R