Visiblement
marqués par les péripéties d’un voyage à hauts
risques, certains rapatriés d’Espagne par la voie terrestre
traînent comme des âmes en peine à Rosso- Sénégal.
Zombies
ou ombres chinoises, déambulant sans cesse entre les
berges du Fleuve Sénégal et le centre marchand de la petite
bourgade, qui s’éveille au jour, rythmée par des
onomatopées, interjetions de toutes sortes, dans le tourbillon
des commerçants qui se pressent vers l’embarcadère.
Sur la berge accentuée par une incurvation du terrain, ils scrutent
la crête d’horizon. Ces étrangers, dans leur propre
pays, restent prisonniers de leur rêve d’aller à l’aventure
et refusent de se réveiller. Car, leur château en Espagne
venait de s’écrouler quelque part là-bas, dans les
eaux glaciales de l’Atlantique, au moment précis où un
bâtiment de gardes-côtes a arraisonné leur embarcation.
Ils refusent, pour la plupart, d’admettre la dure réalité et
s’emmurent dans un silence d’airain. Ces rapatriés
d’Espagne par la voie terrestre refusent le plus souvent de se
confiner au camp de la Croix -rouge et ressassent leur mésaventure.
Il est vrai que la fréquence des arrivées a fortement baissé à cause
des conditions atmosphériques et climatiques en haute mer, comme
nous l’ont fait noter les responsables du camp. Mais, comme pour
démentir la tendance, un autre convoi de 127 irréguliers
est arrivé dans la nuit du 6 au 7 décembre. Ils ont été arrêtés
au large de Nouadhibou par la Marine mauritanienne. La plupart d’entre
ces clandestins sont originaires du Sud du Sénégal. Pour
M. Bak, chef de la cellule d’accueil, « les arrivées
nocturnes sont celles que nous préférons, car elles respectent
un peu plus la dignité humaine des irréguliers, qui nous
parviennent parfois dans des conditions déplorables. Il n’y
a pas de badauds pour les regarder avec une pointe de curiosité gênante.
Nous les accueillons, faisons le tri, les hébergeons, leur donnons à manger
et convoyons le maximum de candidats malheureux après un repos
mérité ». Il n’a pas manqué de déplorer
la taille du centre qui est minuscule. « Il nous serait difficile
dans les conditions actuelles de faire face à une arrivée
de 300 ou 400 irréguliers à la fois ».
De ce
point de vue, le chef des secouristes à la frontière
a parfaitement raison, car, en fait de camp, l’espace ne compte
que deux tentes et un débarras qui tient lieu de bureau à l’occasion. « Très
sommaire même ». C’est la raison pour laquelle, M.
Bak souhaite que les infrastructures soient étoffées pour
permettre aux équipes de remplir leur mission avec plus d’efficacité.
Car, vu les dommages que subissent certains irréguliers au cours
de la traversée, le camp doit disposer de toilettes, de magasins
pour stocker les habits de rechange et des denrées pour atténuer
leur sentiment d’être des « étrangers » dans
leur propre pays.
Refugiés
- bonheur des Mauritaniens sur la Vallée du fleuve Sénégal
:
En attendant le retour organisé
Amadou
DIARRA le 14 decembre 2007
De Dagana à Podor en passant
par Fanage et Ngaolé, la vie des réfugiés demeure
une préoccupation, malgré la rencontre tripartite (Sénégal-Mauritanie,
Hcr), pour résoudre le problème du retour des réfugiés.
Dans ces sites, les considérations et l’attention
dont les réfugiés faisaient l’objet les premières
années de leur installation, se sont amenuisés au fil des
ans, bien que ces personnes déplacées restent reconnaissantes à l’endroit
de l’Etat sénégalais pour son assistance administrative,
sociale, morale et matérielle depuis ce sinistre mois de février
1989.
Seulement, la plupart des réfugiés regrette
la longue attente et leur prise en charge par le Haut commissariat des
réfugiés (Hcr) qui s’est fait de moins en moins sentir.
Mais l’accord tripartite entre le Sénégal, la Mauritanie
et le Hcr, signé à Nouakchott, a fini de se pencher sur
le retour des réfugiés au bercail. La date du retour est à préciser,
mais la nouvelle est déjà source de bonheur dans cette
communauté de réfugiés. A les entendre évoquer
leur attachement à leur patrie, la Mauritanie, on se rend compte
que ces hommes et femmes, bien qu’étant réservés
sur le sort qui les attend, et qui prend l’allure d’un saut
vers l’inconnu, n’en exprimant pas moins un profond sentiment
incommensurable de se retrouver parmi les siens.
Toutefois, l’accord tripartite garantit la reconnaissance
de la citoyenneté mauritanienne, le retour organisé sous
l’égide du Hcr, l’indemnisation des ayants droit (envers
les orphelins), le recensement exhaustif des réfugiés,
la restitution des biens confisqués ou, à défaut,
juste une indemnisation. Il y a aussi la construction des sites d’hébergement
anciens ou nouveaux lieux d’habitation des réfugiés
viabilisés (eau, électricité, infrastructures sanitaires,
scolaires, mosquées...), la récupération des terres
spoliées en 1989, le recouvrement des droits des réfugiés
de leur départ de la Mauritanie jusqu’à leur retour,
la prise en compte effective des préoccupations des réfugiés,
notamment des femmes, des élèves et des universitaires
qui nécessitent des conditions d’insertion, etc.
Concernant le recensement, les réfugiés
qui s’attendaient à trois séances comme prévu,
n’en ont qu’une seule qui a laissé en rade la majorité.
Certains étaient en voyage, d’autres attendaient le second
ou troisième tour. Mais à leur avis, l’Etat sénégalais
est responsable de tous ceux qui vivent sur son sol, et s’engage à régulariser
le sort de ceux qui auraient choisi d’y rester. D’ailleurs,
on parle de retour volontaire et non obligatoire.
Camp
de Rosso-Sénégal :
Un
cimetière des rêves de milliers d'émigrés
clandestins
Gabriel
BARBIER Walfadjri le 17 decembre 2007
Malgré les mesures prises, les
candidats à la périlleuse traversée du Grand bleu
essaient toujours de rallier la péninsule ibérique. En
témoigne ce groupe de 131 voyageurs irréguliers qui sont
arrivés, via la Mauritanie voisine, au camp de Rosso-Sénégal,
Joint par téléphone, le représentant de la Croix
rouge sénégalaise à Rosso-Sénégal
explique que ‘c'est le vendredi 7 décembre dernier, vers
minuit, qu'un premier convoi de 57 émigrés clandestins
nous est arrivé. Le reste est venu par le bac de Rosso-Sénégal,
quelques heures après, plus précisément le lendemain
samedi aux premières heures. Ils étaient fatigués,
dans un état piteux et tenaillés par la faim’, rappelle
M. Bak. Le représentant de la Croix rouge sénégalaise
laisse entendre, au passage, que ‘bien évidemment, nous
avons fait le tri, nous les avons hébergés, nous les avons
soignés et leur avons donné à manger’.
Ce rituel, les agents de la Croix rouge sénégalaise s'y consacrent
depuis le 26 novembre 2006. ‘Nous avons installé ce camp en novembre
2006 lorsqu'on s'est rendu compte qu'en plus du largage, par le biais des vols
charter espagnols, des clandestins à l'aéroport international
de Dakar-Bango de Saint-Louis, d'autres malheureux candidats à l'émigration
clandestine échouaient au large de Rosso-Sénégal, à bord
de frêles embarcations affrétées par les garde-côtes
mauritaniens qui les récupèrent en haute mer’, renseigne
Khayar Bak. Poursuivant sa narration, Khayar Bak précise qu'‘en
un an, nous avons pris en charge plus de 4 mille expulsés venant des
côtes d'Espagne et du Maroc notamment. Nous avons donné le billet
du retour au bercail à près de 2 200 rapatriés’.
Sommairement meublés, les locaux de la Croix rouge sénégalaise
- situés sur le flanc gauche du célèbre bac de Rosso-Sénégal,
en allant en Mauritanie - font face à deux tentes immaculées
et frappées de l'emblème du Cicr. A notre passage, avant
l'arrivée des 131 rapatriés, nous avons trouvé Abdoulaye
et Samba Baldé, ressortissants de Vélingara et Abdoulaye
Kaba un Gambien natif de Sérékunda. Autour des ‘trois
normaux’ et grillant quelques cigarettes, nos hôtes ne se
font pas prier pour raconter les péripéties de leur voyage
mouvementé. D'emblée, ils assurent, tel un leitmotiv, qu'‘ils
ont souffert le martyre’ et ne sont pas prêts à reprendre
la mer par le moyen des embarcations de fortune. ‘Nous voulons,
certes toujours partir en Espagne, mais souhaitons le faire par la voie
légale, avec un visa dûment décerné. Pour
l'instant, nous reprenons des forces avant de rejoindre nos familles’,
souhaitent-ils.
D'un abord facile et d'une gentillesse à vous mettre mal à l'aise,
Abdoulaye Kaba raconte que ‘seuls 22 rescapés ont été recensés
dans notre embarcation qui a été sauvée de justesse,
par les garde-côtes, après 16 jours de divagation en haute
mer pour 55 morts. Nous avions embarqué à Ziguinchor’.
Dans un ‘français débrouillé’, mélangé à un
anglais académique, le colosse gambien qui garde encore les stigmates
du voyage avec une énorme déchirure à la paume de
la main droite, a remercié les éléments de la Croix
rouge sénégalaise ‘dont la gentillesse est sans commune
mesure avec ce qu'on a vécu de l'autre côté du fleuve
Sénégal’. Moins expansifs, Abdoulaye et Samba Baldé,
qui sont pris en charge à Rosso-Sénégal, depuis
le 28 novembre dernier, renseignent qu'ils ont embarqué de la
ville mauritanienne de Nouadhibou. ‘Après le départ,
notre embarcation a connu des ennuis mécaniques avec d'abord la
perte d'un moteur. Le “capitaine“ à qui nous avons
payé 1 million 250 mille francs s'est entêté à vouloir
continuer l'odyssée. Finalement, nous avons été interceptés
en haute mer, après de longs jours de souffrances et de privations’,
regrettent nos interlocuteurs, visiblement soulagés de rejoindre
la terre ferme ‘après avoir frôlé la mort’.
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