Sahel Découverte

Saint-Louis ne mourra jamais

 

Wal Fadjri - 27 Avril 2007 - Ndèye Faty SARR

 

Photo : Laurent Gerrer

 

Saint-Louis ou Ndar, quelle que soit l'appellation qu'on peut lui donner, cette ville tricentenaire, porte d'entrée des civilisations musulmane et européenne, ne doit et ne peut mourir.

 

Les Saint-Louisiens de souche et d'adoption qui ont fait reculer cette mort programmée, doivent redoubler d'effort pour que notre vieille cité ne s'aliène pas. Tombée en disgrâce suite au transfert de la capitale à Dakar, Saint-Louis a fait sa traversée du désert dignement et aujourd'hui, en attestent les changements intervenus au cours des deux dernières décennies, nous pouvons dire que Saint-Louis renaît de ses cendres. De ville essentiellement scolaire et avec comme seuls travailleurs les fonctionnaires des différentes représentations administratives, Saint-Louis est en passe de devenir un pôle économique d'importance. Nous n'allons pas nous épancher sur cet aspect de la ville somme toute importante, car notre propos est ailleurs.

 


Saint-Louis est donc sortie ragaillardie de toutes ces épreuves qu'elle a vécues avec beaucoup de dignité. Pouvait-il en être autrement ? Ne dit-on pas que la culture structure le psychisme des individus. C'est de cela qu'il s'agit pour Saint-Louis et sa population. D'ailleurs, on ironise beaucoup en qualifiant les Saint-Louisiens de personnes 'sivilisse te bari tiitre'. Ce qui est vrai en partie et qui s'explique par la longue cohabitation de la population locale avec les 'Habitants' européens et leurs descendances. En effet, la population noire de Saint-Louis qui, dans sa grande majorité, a vécu en vase clos, un peu en marge de la société blanche, n'en a pas pour autant subi l'influence de cette dernière et singulièrement de celle des Signares originaires de cette même population. Ce sont les descendants de cette population noire qui président aujourd'hui aux destinées de leur cité et qui sont les dépositaires de ces traits culturels que sont la dignité, la prestance, la bienveillance et la fameuse Teranga saint-louisienne qui s'est d'ailleurs nationalisée. On ne peut que s'en réjouir !

 

Ville d'art et d'histoire, oui. Et d'Islam aussi. Cet Islam que ses éminents fils ont entretenu avec une fermeté qui leur a valu le respect des colonisateurs. Les Journées de prières de la Grande Mosquée de Saint-Louis (initiées depuis 2006 et dont la deuxième édition est prévue le 07 juillet 2007) sont de bons moments pour nous souvenir de ces figures de proue à qui l'Islam doit beaucoup. Alors que de nos jours, il suffit de théoriser le retour des tribunaux islamiques dans notre arsenal juridique pour que des cris d'orfraie fusent de partout, des fils de Saint-Louis ont imposé ces même tribunaux aux colonisateurs qui avaient bien d'autres ambitions pour la colonie. Nous pensons à ce propos au cadi Aynina Seck, frère de Doudou Seck, Bou El Mogdad autre figure emblématique de Saint-Louis.

 

Parmi ces fils de Saint-Louis qui ont entretenu l'Islam au fil des siècles nous citerons Ndiaye Hanne, imam de 1847 à 1854, Amath Ndiaye Hanne (1813-1879) imam de 1854 à 1879, Ndiaye Sarr (1822-1903) imam du 8 novembre 1880 au 4 octobre 1903, El Hadji Amadou Ndiaye Mabéye (1842-1917), imam de 1903 au 06 novembre 1917, Amadou Ndiaye Sarr (1855-1930), imam de 1917 au 7 février 1930, Amadou Ndiaye Hanne ( 1865-1935) Imam de 1930 au 03 Avril 1935, Serigne Moussa Diop (1871-1965), imam de 1935 au 13 juin 1965, El Hadji Oumar Diallo (1908-2001), imam de 1965 au 6 avril 2001, El Hadj Abdoul Majib Diop (né en 1926 et que Dieu lui prête longue vie). Entre autres personnages et événements marquants de l'Islam à Saint-Louis, nous citerons les 2 Rakas faites par le vénéré Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké en septembre 1895, les enseignements du tout aussi vénéré El Hadji Malick Sy et ses attaches à Saint-Louis et ceux d'El Hadji Rawane Ngom et plus récemment l'apport de Serigne Madior Cissé (Paix à son âme).

 

Toutes ces raisons doivent pousser les Saint-Louisiens de tous bords à entretenir la chaine de transmission de cette identité qui s'est cristallisée au fil des siècles et dans laquelle nous avons tous été trempés. Malgré l'espoir légitime qu'entretient la population saint-louisienne, le problème majeur auquel la ville est confrontée est la défection de sa sève nourricière, les jeunes pour ne pas les nommer. Cette frange même de la population qui doit assurer la transmission continue de cet héritage laissé par ces dignes fils. Ce sera un travail de longue haleine qui nécessitera plus de volonté qu'autre chose. C'est ce travail-là que nous devons effectuer, car chacun de nous mesure à sa juste valeur tout ce système symbolique que nos parents nous ont inculqué durant tout le processus de notre socialisation primaire. L'objectif étant de garder intact cet héritage, de le parfaire même au besoin, afin que nos enfants puissent bénéficier eux aussi de ce privilège (oui c'est un privilège !), surtout à cette époque où les valeurs culturelles et morales se consument dans le feu de la mondialisation à forte connotation occidentale dans son expression antireligieuse. Le développement durable, c'est aussi cela.

 

A mon grand-père Aynina Wane pour son combat pour la reconnaissance de l'histoire de Saint-Louis.

 

 

 

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