Sahel Découverte
A Saint-Louis, la police chasse les clandestins de la côte

 

30 Mai 2007 - AFP

 

Photo Laurent Gerrer

 

 

Juchés sur des motos à quatre roues, deux policiers en tenue, lunettes noires sur le nez, inspectent la plage de l'Hydrobase, à environ 5 kilomètres du centre-ville de Saint-Louis (nord du Sénégal). Aujourd'hui, pas de clandestins en vue, "seulement des baigneurs."



Le ronflement de leurs moteurs perturbe à peine quelques jeunes jouant au football, pendant qu'un chien paresse à quelques pas de touristes perfectionnant leur bronzage.

 

"On a fait une patrouille sur la berge dans le cadre de Frontex", dispositif européen de surveillance des côtes auquel le Sénégal a été associé en 2006, indique à l'AFP le brigadier Famara Diédhiou, de sortie en compagnie du gardien de la paix Mbarick Gaye.

 

"Nous n'avons pas trouvé de pirogue (suspecte), seulement des baigneurs", ajoute le policier.

 

Depuis juillet 2006, le commissariat central de Saint-Louis dépêche régulièrement des hommes sur le terrain dans le cadre du dispositif Frontex, qui regroupe la police, la gendarmerie, les douanes et la marine nationale, poussant les clandestins à abandonner la côte.

 

Pour la police, les patrouilles se sont faites plus efficaces avec un accroissement de moyens, "notamment de quads (octroyés) par la partie espagnole, qui nous permettent de longer la côte de manière permanente pour surveiller tout mouvement suspect", affirme le commissionnaire central de Saint-Louis, Adama Diédhiou.

 

C'est ainsi que le commissaire Diédhiou et ses agents ont mis en échec en avril dernier un projet de voyage clandestin pour l'Espagne. La police avait été alertée "par un ballet de taxis à destination de l'Hydrobase."

 

Résultat de l'opération: 90 Sénégalais interpellés, sur un nombre indéterminé aspirant à prendre la mer et qui avaient déboursé chacun "entre 250.000 et 500.000 FCFA (380 et 760 euros)", ainsi que quatre passeurs sous les verrous.

 

"Cela représente près de la moitié des "quelque 200 interpellations" de la police de Saint-Louis en neuf mois, et "une des plus importantes (sorties) depuis que le Frontex a été mis en mouvement", sourit le commissaire.

 

Parce que la surveillance s'est faite plus accrue sur la côte, les organisateurs des traversées clandestines changent de méthode, constate-t-il cependant.

 

"Ils n'arrêtent pas, mais ils vont dans des endroits retirés pour embarquer leurs clients", ou les chargent par petits groupes pour aller remplir une grande pirogue ancrée en haute mer.

 

Mais c'est compter sans des "informateurs" au sein d'une population ayant perdu des proches dans de dramatiques traversées, selon le commissaire, ou le concours de la station de surveillance côtière de Saint-Louis, dans le quartier de Gokhu Mbatch, à l'opposée de l'Hydrobase.

 

La station, dotée d'un radar et de moyens de communication radiophonique, peut signaler des pirogues suspectes en se fondant sur leur vitesse, soutient Mamadou Faye, policier détaché au ministère de l'Economie maritime, dont relève la structure.

 

"Ce bateau déroule 5,2 noeuds, donc, plus de 10 km/heure, ce n'est pas une vitesse de pêche", dit-il, montrant du doigt un point vert en mouvement sur son écran.

 

"Dans ce genre de cas, on avise la Direction des pêches, basée à Dakar, ou la Marine nationale. (...) Eux, ils disposent de vedettes rapides qui déroulent jusqu'à 30 noeuds. S'il y a lieu d'intervenir, ils peuvent arriver à Saint-Louis en un temps record", explique-t-il.

 

Les départs de clandestins africains pour l'Europe ne s'arrêteront pas de si tôt, reconnaît enfin le commissaire Diédhiou, mais il assure: "même (s'ils) se cachent, nos méthodes de travail font que nous arrivons à les débusquer."


 

 

Tous droits réservés © Cyber-Prod
2010 Saint-Louis du sénégal - Photos © D.R