Gatien Dardenne : un Bangotin à New York en 2010 !
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Gatien Dardenne |
Photo : Eddy Graëff
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D’Houyet
à Bango. Des sombres forêts ardennaises, vertes et grises, de sa
Belgique natale aux brousses épineuses, rouges et bleues, du solaire
Sénégal d’adoption, le maréchal-ferrant Gatien Dardenne est devenu ferronnier puis, chemin faisant, en « forgeron voyageur »*
via le Maroc et en autodidacte revendiqué, sculpteur sur métal. Une
sculpture à la technique difficile, entre « patience » et, dit-il, un zeste de « folie ». Un alliage du froid et du chaud, de bruits et de silences, de sables
et d’eaux; de beuveries grégaires et de retraites solitaires, bon gré,
souvent, mal gré, parfois – la maladie, cette métastase qui le
chiffonne régulièrement et avec laquelle il croise le fer crânement
comme les siens, avec le maître, Belel, Jamel, Ibrahima et Lamine froissent l’acier dans son atelier « Bango Brousse » : la fraîche quiétude de son repaire au "bord intime d'une rivière",
le Lampsar, sous les grands eucalyptus et les vieux filaos à la
garde vociférante des aigles pêcheurs, au dessus des massettes, dans
les alizés porteurs des dendrocygnes et des engoulevents
crépusculaires, parmi les varans et ses chiens d’un fameux ponton
cinématographique … La chaleur du sable et du soleil sahéliens, des
éclairs de chalumeau, des frappes violentes du marteau sur l’enclume,
des muscles et des sueurs à l’ouvrage au fond du bazar de fers qui
enfièvrent depuis quelques années les anciens poulaillers de René
Bancal, le bienveillant hôtelier du Ranch de Bango voisin. L’exhibition
corporelle au port vertical et fier comme un lama, tout bronzage aux
vents et le tatouage à l’épaulette pour les regards chavirés de
midinettes en faiblesses tropicalisées ; sans aucun doute, c’est là
pourtant l’élégance des niquent-la-mort, qui s’en foutent la
pudibonderie et préservent leur pudique jardin secret par la tchatche,
armure pas de fer mais justaucorps défensif si fréquent chez les
(anciens) timides… Malgré les faux-semblants, Gatien ne fait pas
semblant ; il lui arrive de boire, et alors ? Même le Pichet de presque
piquette devient au bord du Lampsar le vin euphorisant d’Abû Nûwâs – Le vin, le vent, la vie* ! Et « l’alcool ingurgité » crée les « pouvoirs ‘métamorphosiques ‘» : du travail, beaucoup de travail, trois à quatre mois de fièvres
pour chaque sculpture – l’Afrique n’est pas toujours ce sable mouvant
où les toubabs d’aventures se perdent et font vite les personnages de
cire en plein soleil ! Les personnages de Gatien, eux, sont de fer et
d’acier, massives sculptures immenses comme ses chiens et les
hippopotames de son fleuve*, sortis de ses rêves bucoliques –ou bukowskiens…-
: ses sangliers ardennais pourraient être les phacochères du Djeuss, sa
girafe enluminée du Ranch ressemble à s’y méprendre aux démesures de
Royal de Luxe et aux Géants du Nord – des réminiscences du Reuze
flamand ou du Gayant picard ?-; ses chevaux de trait ou de débardage (à
Namur et au Luxembourg), à des pachydermes de la savane… Ces éléphants,
d'anciens camarades de safaris juvéniles, qui en
livres fétiches veillent toujours dans les courbes
féminines de sa bibliothèque bangotine.
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| Tatoo |
Photo : Eddy Graëff |
C’est pourtant « le petit détail (qui) fait la sculpture, enrobe la tôle froide de cette chaleur érotique émanant de la musique », écrit-il en mars 2008 sur son site web*, à l’occasion de l’annonce
de son nouveau défi, une exposition à New York de ses musiciens
sculptés, en 2010/2011. Le guitariste amateur ne fait pas la pose :
saxophoniste, trompettiste, sans doute même un pianiste et, inch’Allah
un balafoniste seront les stars métalliques d’un projet en cours et en
complicité avec l’ami Richard Bohringer : le « Metal Jazz in the street ». Le comédien-cinéaste-chanteur-romancier etc. de France, envoûté du
Burkina et du Sénégal, Saint-louisien du feu charnel et Bangotin du
baume cathartique, prêtera sa plume pour badigeonner d’infinies bâches
de sa verve poétique. Un tel duo a toutes les chances de nous faire un
‘bœuf’ inoubliable !
* Forgeron voyageur, un court-métrage de Loïc Wibaux, 2002
* Abû Nûwâs, vers 747 à 762 – 815 ; ed. Sindbad, Arles 1998.
*http;//www.gatiendardenne.com
Frédéric Bacuez dit Fretback / www.lesaintlouisien.com |
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Gatien Dardenne |
Photo : Eddy Graëff |
Lesaintlouisien.com : Gatien, depuis quand es-tu installé à Saint-Louis-du-Sénégal ?
Je
vis à Saint-Louis depuis 2000. J’ai monté l’atelier le 20 juin 2000,
cela fait donc huit ans. Au départ, il s’agissait d’un projet qui
s’appelait « Forgerons du monde », un projet national Belge qui a eu un
beau succès. Un projet étalé sur dix ans : trois ans en
Afrique de l’Ouest, trois ans en Afrique de l’Est et trois
ans en Afrique du Sud avec, à chaque fois, après chaque trois années,
une exposition proposée en Europe sur le métissage culturel à travers
les sculptures. Le projet s’est réalisé, mais d’une autre façon car
quand on vient en Afrique on sait que les lendemains sont très
incertains et les projets changent au fur et à mesure des jours… Ce qui
est resté, c’est qu’après trois ans on a effectivement fait une
exposition en Europe, précisément en Belgique qui a super bien marché.
Ensuite, j’étais censé reprendre mon camion forge et remonter un autre
atelier, ailleurs ; je n’en ai pas eu le courage ni la force car monter
un centre de formation c’est un vrai boulot, qui prend énormément
d’énergie ; et puis, j’avais envie de rester à Bango, je trouvais que
les gars y bossaient bien, je suis donc resté et je n’en suis pas
mécontent ; même si je passe maintenant moins de temps au Sénégal, je
suis obligé de faire moitié-moitié…
Lesaintlouisien.com : C’était un projet personnel ?
Oui,
j’en étais le fondateur et je l’ai fait sur mes fonds propres. J’ai été
aidé par des sociétés qui m’ont financé en matériel : un camion, un
ordinateur… Par contre je ne voulais aucun lien financier car je
voulais rester tout à fait libre, je ne voulais pas avoir de comptes à
rendre. J’ai donc essayé de me débrouiller seul, et ça s’est plutôt
bien passé !
Lesaintlouisien.com : Pourquoi avoir choisi Saint-Louis-du-Sénégal, et singulièrement Bango ?
J’ai
pas mal voyagé en Afrique depuis 1993, en Afrique australe et
orientale, en faisant différents jobs, surtout en tant que guide
safari. Ce qui m’a permis de découvrir le continent africain et d’en
tomber amoureux. Après ces expériences, j’avais envie d’y revenir mais
d’une manière différente, en apportant et en recevant quelque chose, en
y développant un travail sur le métissage.
Je devais à l’origine donner des cours à Louga [Sénégal]
pour la coopération belge mais j’ai refusé parce que je n’aimais pas
l’endroit. « Forgerons du monde » a finalement posé ses valises à peine
plus au nord, à Saint-Louis, Bango en effet. J’avais rencontré René
Bancal* qui m’a très bien accueilli, ici sur les berges du Lampsar,
puis Jean Jacques* son frère, un grand merci à eux deux. Mais c’est
Jean Pierre Chapeau qui, le premier m’a donné un boulot. Il m’a proposé
de monter ma forge à coté de la SOCAS*. Je l’ai fait, et je suis resté
presque deux ans à bosser le long d’une piste. Invité, sans rien payer,
ni loyer ni électricité, rien ! En échange, je formais des gars : notre
premier boulot, là, c’était de fabriquer des lames de girobroyeur. Un
truc que je n’avais jamais fait, mais j’ai essayé. Pour la petite
histoire, quand je suis arrivé les Africains m’ont regardé et me
disaient : « Mais boy, qu’est-ce que tu fous ici, tu vas rien nous apprendre, c’est nous les forgerons !! »,
alors j’ai eu un peu de mal ; et puis j’ai eu cette première commande
de girobroyeur : j’ai fait ça à partir de lames de ressort de camion en
inventant une nouvelle technique de trempage au sable, ça a
merveilleusement bien fonctionné, et en plus en formant un gars de la
SOCAS !.... Finalement, les comparaisons ont fait le reste : les lames
usinées que la SOCAS achetait en France faisaient 50 hectares ; nos
lames locales faisaient 150 hectares ! Trois fois plus !! Du coup, les
gars qui rigolaient un peu au début ont compris que je n’étais tout de
même pas si nul... A partir de ce moment, la confiance – et le respect
- m’ont fait accepté dans leur ‘caste’. Mais former des gens durant
trois mois et partir ensuite, c’était horrible parce que c’était dire à
des gosses de la brousse qui sont dans un tunnel : « Regardez, tout au
bout du tunnel y’a une voie possible mais il faut traverser tout ce
tunnel, apprendre plein de choses et puis après, alors vous allez
prendre le ' train,' je vais vous lâcher !... » Car si on ne fait
que trois mois, les gosses n’ont rien appris en trois mois ! Et c’est
encore plus dégueulasse parce que là c’est le ‘Blanc colon’ qui vient
et qui part, et qui finalement n’a rien laissé à part un rêve, fugace,
et une déception, énorme…Ca n’est pas pour rien si en Europe - et dans
le monde entier-, quelque soit les formations techniques, c’est trois
ans minimum d’apprentissage. Finalement, à Bango, cela fait (déjà) sept
ans… Une fois l’atelier créé je ne pouvais plus partir, j’étais soudé à
mes ‘apprentis’ et puis je n’avais plus la force de (les) quitter.
C’est vraiment fatigant ; ce sont comme mes gosses, même s’ils sont
trop âgés… Dans l’atelier de Bango j’ai tout de même formé une
trentaine de personnes. Aujourd’hui on continue de faire de la
formation car on apprend toujours, y compris moi-même puisque je suis
autodidacte ; c’est en forgeant qu’on devient forgeron…
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Le saxophoniste |
Photo : Eddy Graëff |
Lesaintlouisien.com : Et par rapport à la ‘caste’ des forgerons ?
Il
n’y a pas vraiment de caste de forgerons, par ici. Au Mali, au Burkina
Faso c’est vraiment quelque chose de très important. Ici il n’y a pas
vraiment de forgerons, ou très peu, ce sont plutôt des soudeurs
métalliques. Mais il y a un respect de la population par rapport au
boulot que je fais parce que pour elle je suis un ouvrier en train de
taper sur de la ferraille toute la journée ; c’est un boulot qui a de
l’avenir ici, je ne parle pas de sculpture mais au moins de
la ferronnerie d’art. On n’est pas une ONG qui vient pendant trois ans
et qui se casse, qui vient juste pomper du fric et qui ne va rien
laisser derrière. Par rapport à la caste des forgerons j’aimerais
penser que j’en fais partie, désormais...
Lesaintlouisien.com : Gatien, peux-tu nous dire quelque chose sur les secrets qui entourent
une exposition que tu prépares pour New York, depuis un an dans ton
atelier de Bango ?
C’est un rêve… Les
artistes ont tous un rêve caché, quelque part, mais le plus dur est de
le réaliser car il y a toujours un problème économique,
malheureusement. Ce rêve était un peu de coté, ce n’était pas
nécessairement monter l’exposition actuelle mais réaliser une expo
faite des choses qui sortaient du fond des rêves. Petit à petit
nous nous sommes dirigés vers une exposition sur la musique qui
s’appelle « Metal Jazz in the street » [jazz métal dans la rue, ndlr], que je propose pour fin 2010 début 2011, à New York [Etats-Unis d’Amérique].
J’ai une petite idée sur les lieux qui pourraient l’accueillir mais je
ne peux encore rien vous dire. Nous avons beaucoup de chance car nous
travaillons pour l’Etat belge, ce qui nous permet de monter notre
exposition à notre rythme, tout doucement car il faut compter trois
mois pour réaliser une sculpture. Nous avons commencé il y a un an et
nous en avons pour au moins trois ans encore.
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Travail d'équipe |
Photo : Gatien Dardenne |
Lesaintlouisien.com : Ce « nous » collectif implique ton équipe et peut-être un certain
nombre de personnes autour du projet ; peux-tu nous en dire plus ?
Nous
sommes une équipe très soudée, presque familiale, tout le monde se
connaît parfaitement. A l’atelier nous sommes actuellement quatre.
C’est toujours un centre de formation, qui continue depuis 2000 mais on
ne prend plus personne, seules les ‘élites’ y sont restées. Le tout
premier, c’était Jamel, qui est arrivé ici à l’âge de 11 ans - il en a
18 maintenant. L’équipe actuelle, c’est Jamel, Ibrahima, Lamine, et
Belel. Disons que les sculptures, elles, sont quelque chose de
tout à fait personnel. On ne peut pas partager la conception d’une
sculpture. Par contre, ce sont les gars qui participent à la
fabrication, ce qui est très différent ; surtout Belel, qui est mon
bras droit. C’est la première fois que je me lance dans le figuratif :
faire un vrai visage ! Logiquement, je travaille sur mon propre
visage pour établir les dimensions alors que là j’essaye de modeler
quelque chose d’un peu métissé en copiant un vrai visage. C’était très
difficile mais nous y sommes arrivés, le ‘challenge’ est relevé. Pour
ce projet « Metal Jazz in the street » il y a une autre personne qui
s’est joint a nous, un écrivain français, par ailleurs comédien,
cinéaste et chanteur, qui va rédiger les textes sur les sculptures, il
s’agit de Richard Bohringer.
Lesaintlouisien.com : Richard Bohringer fait partie du projet ?!
Il
n’y a pas vraiment de but, ni pour moi ni pour lui. Nous nous sommes
retrouvés sur ce projet car nous sommes amis, tout simplement, d’une
très grande amitié. Nous nous sommes rencontrés ici à
Saint-Louis-du-Sénégal, on s’est revus à Paris, chez lui, nous avons
discuté… J’aime sa façon d’écrire. Richard arrive à mettre les mots
justes, parfois très durs car c’est un personnage dur avec plein de
douceur dans les yeux. Mes sculptures ne sont pas dures, elles sont
très douces. Pourtant je trouvais que c’était la personne appropriée,
écrivain et musicien en même temps ; et étant donné que nous avons un
lien assez particulier cela nous permet de nous expatrier tous les deux
dans des dimensions irréelles. Il n’y a donc pas un but en particulier,
c’est en discutant ensemble qu’on s’est dit : « Tiens, on pourrait
faire un truc ensemble… » Richard est tombé royalement amoureux de mes
sculptures et moi… de sa fille [rires, ndlr]). Il va donc
écrire sur les sculptures mais aussi sur tout ce qu’il y a autour de
ces sculptures, pour et sur Saint-Louis, pourquoi pas pour et sur
Bango… Tous ces morceaux de métal entremêlés, ça va lui donner une
palette indéfinie de couleurs dans et pour lesquelles il va pouvoir
s’exprimer et ne pas justement se restreindre à la sculpture. On ne
recherche pas un article de critique d’art. Et on va ramener des
musiciens ! Nous avons chacun une base, chacun un morceau de tôle,
qu’on doit marteler, souder, meuler… A notre manière : lui ce sont des
mots, et moi c’est de la ferraille, le résultat est le même.
Richard
Bohringer et moi, c’est déjà une vieille histoire ; nous nous sommes
rencontrés la première fois à Saint-Louis, au Marco Jazz ; j’étais bien
bourré, lui aussi, c’était lorsqu’il buvait encore…. On s’est retrouvés
après, on a tissé un petit lien, puis un plus grand… Et il est venu
ici, sur les rives du Lampsar, il a vu les sculptures, puis j’ai été
chez lui à Paris. Il a notamment réalisé un film*, ici même, pour
lequel il m’avait confié un grand rôle mais que je n’ai pas pu jouer à
cause de ma maladie, survenue la première semaine du tournage.
D’ailleurs, il va bientôt arriver, d’ici quelques semaines...
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Grandeur nature |
Photo : Gatien Dardenne |
Lesaintlouisien.com : Au delà de ton projet new yorkais, quelles sont les autres destinations de tes sculptures ?
Les
deux premières sculptures - deux contrebassistes, se trouvent en
Belgique où elles tournent un petit peu. Elles sont simplement
installées dans un très bon restaurant avec une décoration assez
surprenante, mais à partir du mois de mai elles vont participer au
Festival de jazz de Bruxelles, sur la scène même; elles vont donc faire
leur première tournée en compagnie du saxophoniste en finition. En
août, elles partent près du Luxembourg pour le Festival international
de jazz de Belgique qui regroupe tout de même cinq à six mille
spectateurs. De nouveau elles vont ‘jouer’ avec de grands musiciens de
jazz, sur scène. En septembre octobre, elles partent à Monaco pour
trois mois, elles vont chercher un peu de soleil avant de rentrer en
Belgique où un autre musicien va encore les rejoindre. Elles vont
continuer comme cela, jusqu'à l’exposition finale de New York. C’est
important pour moi qu’elles bougent.
Lesaintlouisien.com : Est-ce bien rentable de les faire voyager jusqu’en Europe ?
Ce
n’est pas important, le plus rentable c’est tout ce que nous recevons
en retour, c’est d’abord ce que nous mêmes recevons en fabriquant
l’œuvre ; nous ne sommes pas les machines d’une entreprise ! Nous avons
la chance d’avoir un contrat avec l’Etat belge, d’être dans une lignée
d’artistes reconnus. Ca peut paraître fou, mais c’est comme ça
! Et ainsi je peux encore plus profiter d’elles, aller dans un
endroit boire un verre et les contempler, et me souvenir comment on les
a faites, retrouver toutes ces odeurs africaines, tous ces petits
souvenirs qui font qu’on a tout cela aujourd’hui.
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Gatien Dardenne |
Photo : DR |
Lesaintlouisien.com : Tu utilises le continent africain, à travers Bango, comme territoire
de création, mais tes créations partent, elles voyagent, comme tu dis ;
n’y a-t-il pas de marché en Afrique ?
Ce
n’est pas trop une question de marché ; c’est plus une question
d’opportunité qu’on saisit. J’avais la chance d’avoir un tout petit nom
en Belgique qui maintenant est devenu un peu plus grand ; donc c’est
bien, il faut continuer à alimenter cela ; et puis, on apporte beaucoup
de rêve en Belgique. Ici on vit nos rêves avec nos amis sénégalais, on
les vit à fond ! On pourrait exposer ici, on a exposé à la Biennale de
Dakar en 2002/2003 ; logiquement on devait encore exposer au mois de
mai à l’édition 2008 ainsi qu’au Festival de jazz de Saint-Louis mais
étant donné que mes sculptures seront au Festival international de jazz
de Bruxelles (qui est un événement non pas plus important mais un
événement beaucoup plus médiatisé, et pour nous c’est important, c’est
ce qui peut faire vivre notre atelier !), cela ne sera pas possible. Un
atelier, ce ne sont pas seulement quatre personnes mais quatre familles
derrière, plus moi - et mes chiens !-, donc cinq familles ! Les gars
vont venir en Europe, en tout cas Belel va venir cette année. Et
peut-être Lamine, si je le peux, mais en vacances. Dans un futur
proche, Belel viendra trois mois par an travailler avec moi, là-bas.
Lesaintlouisien.com : Toi qui habites une partie de leur marigot, le Lampsar*, à quand une sculpture sur les hippopotames ?
Parfois
j’y pense… Peut-être que le jour où je partirai j’en ferai un(e) que je
laisserai ici. Mais à l’heure actuelle j’ai trop de musiciens de jazz
dans la tête… Mais un jour viendra.
Lesaintlouisien.com : D’autant qu’ils ne sont pas pour toi des légendes mais d’authentiques personnages de ton lieu d’habitation ?
Ouiiiii !... Ces hippos sont mes amis et les amis de mes chiens !...
*
René et Jean-Jacques Bancal, respectivement propriétaires des hôtels
‘Ranch de Bango’, à Bango, et de ‘La Résidence’, à Saint-Louis.
* SOCAS, Société de Conserves Alimentaires du Sénégal.
* C’est beau, une ville, la nuit ; un film de Richard Bohringer adapté de son propre roman, avec Romane
et Richard Bohringer, Robinson Stévenin, François Négret ; France, 2006.
* Cf. aussi "Les hippos de Bango : mythe ou réalité ?", par Frédéric Bacuez dit Fretback, 26 mars 2008.
Interview: Frédéric Bacuez dit Fretback et Eddy Graëff / www.lesaintlouisien.com
Photos : courtesy Gatien Dardenne / Eddy Graëff / www.lesaintlouisien.com
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