Sahel Découverte

Les hippos filmés par Eddy le 27/05/09

 

Hippopotames à Bango, saint louis du senegal photo Gatien DardenneOfficiellement, c’est dit et écrit, il n’y a plus d’hippopotame dans le fleuve Sénégal depuis belle lurette. Ceux qui survivaient à la mare de Kankossa, en Mauritanie, ont rendu l’âme dans les années 60… A Saint-Louis même, de vieilles mémoires en voie de disparition vous rappelleraient que jadis, du temps où la déesse des eaux Coumba Bang signifiait autre chose qu’un nom fantomatique d’hôtel, le marigot de Khor enjambé par la route de Dakar hébergeait quelques familles de ces pachydermes aquatiques. Aujourd’hui, les plus proches amphibiens sont à rechercher du coté de la Falémé et du Niokolo Koba, bref à perpète ! Et pourtant : tout Saint-Louis se souvient encore des ébats d’un hippopotame exhibitionniste, il y a dix ans, au large de la corniche de Sor ; la passerelle du pont Faidherbe n’avait pas désempli pendant plusieurs jours tandis qu’on se bousculait aux balcons et terrasses du Bloc 16 pour scruter l’inhabituel spectacle du fleuve Sénégal, aux premières loges. Mais à peine vu déjà reparti, l’hippo avait disparu aussi soudainement qu’il était apparu, venu d’on ne sait où, évaporé on ne savait pas vers quel repaire ignoré des Hommes…

Hippopotames à Bango, saint louis du senegal photo Gatien Dardenne C’est de cette fin de siècle que commença à enfler la rumeur d’une présence d’hippopotame dans les eaux dormantes du Lampsar, un bras du fleuve, entre Bango et Sanar. Aficionado de ce bolong enchanteur, Richard Bohringer dans  C’est beau une ville, la nuit, son dernier film en partie tourné sur ces limons d’adoption, en fait un clin d’œil rigolard… Un, puis deux, ou deux hippos avec bébé : on en parlait un peu comme on évoque Nessie, le légendaire monstre du Loch Ness, sous les cieux maussades de la pluvieuse Ecosse. Le Lampsar n’a pourtant rien de ces fjords nordiques, lugubres et inquiétants, aux eaux sombres comme les abysses. Ici la lumière, la chaleur du soleil sahélien et la fraîcheur des brises atlantiques, le vert des typhas, l’indolence des pirogues et le ballet des oiseaux ne pouvaient pas durablement préserver le mystère de tel mastodonte, à la fois débonnaire et dangereux, discret mais dévoré par sa curiosité… et sa gourmandise d’herbivore insatiable. On le disait reposer ses trois tonnes sur une ile au confluent du Lampsar et du Ngalam, le jour ; on l’avait vu ici, croisé là, entendu aussi, tout près, la nuit. Et d’heureux riverains du marigot certifiaient sur l’honneur qu’il existait bel et bien, et que ce Lampsar-là était le jacuzzi d’au moins deux des démiurges.

Hippopotames à Bango, saint louis du senegal photo Gatien Dardenne Mieux, ou pire pour les sceptiques (une mystification !) et les hallucinés d’exotismes (un mythe !), il y a désormais des preuves : des photographies nocturnes (cf. ci-contre), énigmatiques juste comme il faut, prises par l’artiste forgeron Gatien Dardenne (cf. interview à venir, ndlr.), complice belge de l’histoire et de ses lieux magiques. Parfois, singulièrement les nuits de pleine lune, confirme-t-il, deux hippopotames viennent faire le cabot à quelques mètres de ses chiens géants, Lala et Zawa; anticipant leur arrivée, les molosses qui ne pensent qu’à sauter à l’eau pour retrouver leurs deux camarades de bain aboient depuis le ponton terrasse, réveillent et ensorcellent leur maître ; les hippos approchent et, les yeux écarquillés au ras de l’eau, les oreilles de gros cochons pointés vers les canidés tout excités, gloussent leurs ahanements de klaxons, avant de poursuivre leur promenade vers les herbiers du lodge Thioubalo, pour de noctambules orgies vertes – jusqu’à 60 kg d’herbes en 5 heures… Il ne manquerait plus que nos « chevaux de rivière » lèvent les 3 à 4000 dendrocygnes veufs (les canards siffleurs africains !) qui y pâturent ou qu’ils agacent au passage le couple de pygargues vocifères (les aigles pêcheurs !) qui a élu domicile dans les grands arbres juste au dessus de la chambre de Gatien, pour que la quiétude du Lampsar ne se mue, en quelques minutes, en cacophonie de décibels, par ces nuits pascales pourtant rafraîchies…
Frédéric Bacuez dit Fretback / www.lesaintlouisien.com
Photos courtesy : Gatien Dardenne. A la Une, photo : Eddy Graëff

 

 

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2010 Saint-Louis du sénégal - Photos © D.R