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Littérature
Louis Camara : Walfadjri - Gabriel Barbier - Lundi 20 Mars 2006 Poursuivant sereinement sa carrière d'écrivain-conteur dans sa ville natale, Louis Camara vient de publier son quatrième ouvrage intitulé La tragique histoire d'Aganoribi qui, à l'instar de ses précédents ouvrages, s'inspire de la mythologie Yoruba. Ce court mais poignant récit se lit d'un trait. Il est écrit dans ce style classique et maîtrisé qui est la marque de cet auteur original à plus d'un titre. (Saint-Louis) - Rencontré dans la salle de bibliothèque
du centre de recherches et de documentation de Saint-Louis, à
la pointe sud de l'île, Louis Camara avoue que c'est l'endroit
où il aime se recueillir face au fleuve Sénégal,
dont l'embouchure n'est qu'à quelques encablures. En effet, Louis
Camara, «Le conteur d'Ifa», partage son temps entre sa famille
qu'il adore et sa «tour d'ivoire» où il poursuit,
avec une admirable constance, ses recherches sur la littérature
africaine en général, et Yoruba en particulier. «Les artistes et les écrivains en particulier, ont un rôle d'avant-garde à jouer dans le processus d'élaboration d'une charte culturelle panafricaine viable qui constituera le nécessaire soubassement de l'unité et du développement économique et social de notre continent», soutient-il. Pour ce faire, ajoute-t-il, ils doivent s'armer de résolutions et s'appuyer sur deux principes fondamentaux qui sont la fidélité et la loyauté vis-à-vis du peuple africain d'une part, la préservation de leur liberté d'expression garante de leur créativité, d'autre part. De l'avis de Louis Camara, les écrivains ne doivent surtout pas s'inféoder aux politiques ou servir de caution aux idéologies de quelque bord qu'elles soient. Louis Camara pense, par ailleurs, que ses confrères devraient être circonspects à l'égard du pouvoir politique dont la tendance naturelle est la phagocytose ainsi que des hommes politiques qui tiennent toujours un double langage. Selon lui, les écrivains africains doivent se donner la main et affirmer leur attachement à la culture africaine, source de leur créativité littéraire. Ils doivent s'efforcer de rester lucides, vigilants et critiques par rapport aux pouvoirs politiques et aux gouvernants qui dirigent leurs Etats respectifs. Ce qui n'exclut bien sûr pas le dialogue avec eux, signale-t-il . En outre, selon l'écrivain, les universités ont un rôle fondamental à jouer dans l'émergence d'une production littéraire africaine de qualité, dont elles peuvent être garantes grâce à l'accompagnement d'une critique littéraire «scientifique» et l'élaboration de théories et concepts nouveaux et endogènes. Certes les problèmes qui se posent à la littérature africaine sont immenses, à la limite décourageants. Mais, pour le lauréat du prix du Chef de l'Etat pour les Lettres, les écrivains doivent se battre et relever le défi en assurant la continuité d'une production littéraire qualitative aussi bien dans les langues «importées» que dans les langues africaines. A ce propos, Louis Camara pense spécialement à l'écrivain Nigérian D.O Fagunwa, l'un des tout premiers à avoir produit une œuvre littéraire digne de ce nom, entièrement dans une langue africaine, et cela dès 1938. Aussi, il salue les pionniers de la fiction littéraire en langue wolof, tels que Cheik Aliou Ndao, Mame Younouss Dieng (sa belle-mère) et tout récemment Boubacar Boris Diop. Louis Camara, qui s'intéresse depuis de nombreuses années à la culture Yoruba (il lit même à présent dans cette langue ! ) a fait une adaptation en français de «Ogboju Ode Ninu Igbo Irunmale» ou «Le chasseur dans la forêt aux mille démons», le premier roman en langue Yoruba de Fagunwa, traduit en anglais par le prix Nobel de littérature Wolé Soyinka. Louis Camara laisse aujourd'hui entendre qu'il est à la recherche d'un éditeur pour la publication de cette œuvre qui serait certainement un enrichissement pour la littérature de la Francophonie. De l'avis de notre interlocuteur, les langues africaines et leurs littératures devraient être étudiées de manière sérieuse dans nos écoles, lycées et universités. Car, selon lui, cela est fondamental pour la définition d'une identité et d'une personnalité africaines véritables. Jetant un regard prospectif sur les Arts et Lettres du Sénégal, le «conteur d'Ifa» confie qu'il aurait vraiment aimé «que soient créés des prix littéraires consistants». Des prix qui seraient patronnés, soit par des institutions comme le ministère de la Culture ou l'Association des écrivains du Sénégal, qui disposent de certains moyens soit par des mécènes privés. Cela aiderait, estime-t-il, à stimuler la création littéraire en motivant les jeunes écrivains talentueux. Ces derniers, se désole-t-il, sont confinés dans l'anonymat et désespèrent de voir leurs manuscrits être édités. |