Parution d'un coffret DVD et CD :
Baaba Maal, Podor et les airs du fleuve Sénégal

Le Soleil (Dakar) - 30 Septembre 2005 - Djib Diedhiou


Il y a l'eau, dès les premières images. Le Fleuve Sénégal, à Podor, ligne de partage entre le Sahel et le désert, ou plutôt le fil reliant deux pans : l'Afrique noire et le Maghreb. Ce cours d'eau riche en limon et coloré par la poussière laiteuse apportée par le vent, à travers les étendues désertiques, a favorisé au fil des siècles les rencontres entre plusieurs ethnies, Hal Pulaaren, Wolofs, Sérères, Maures, Soninkés. D'où les échanges féconds, le métissage culturel. Il y a donc également la musique, expression de l'âme africaine.

C'est celle de Baaba Maal. Elle illustre les grandes étapes de la carrière de ce musicien natif de Podor. Il ne pouvait en être autrement puisque l'artiste est le sujet de « Baaba Maal - A voice Africa » le film en Dvd sorti au mois d'août à Londres.


Réalisé par le journaliste britannique Robin Denselow, c'est le troisième produit de la collection Palm World Voices lancée par le promoteur et découvreur de talents et de musiques du monde, Chris Blackwell, après Vedic Path (Le chemin védique - en juin dernier) et Africa (juillet). Cette série veut permettre aux mélomanes de s'immerger dans les cultures musicales de la planète en leur faisant découvrir les terroirs, l'imagerie et la diversité des traditions musicales.

Le multimédia offre des possibilités inouïes sur ce plan. Aussi Palm World Voices ne s'en est-il pas privé. Le Dvd (durée : 60 minutes) est dans un coffret contenant également un Cd, compilation de chansons de Baaba Maal, une brochure d'une cinquantaine de pages, et une carte du Sénégal réalisée par le célèbre National Geographic qui fait autorité en matière de documentaires sur la géographie physique et humaine, et sur le monde animal.

L'image d'un homme, debout dans le fleuve, les jambes plongées dans l'eau jusqu'aux genoux, tirant et jetant ensuite son filet, indique bien que Baaba Maal appartient à la caste des Thioubalos, celle des pêcheurs. Comment s'est-il retrouvé dans une activité - la musique -, apanage des griots, au point d'y exceller aujourd'hui ? Son père, le muezzin de la mosquée, le voyait bien avocat, par exemple. Mais il aimait danser et chanter, témoigne une tante. Et il y a Mansour Seck, l'ami de quarante ans, aveugle, griot de naissance. Il fut le compagnon, lors des tournées à travers plusieurs régions d'Afrique pour des recherches musicales. C'est le gardien du temple. Dans l'exigence d'ouverture à d'autres influences, celles qu'a toujours connues l'artiste (musique cubaine, soul music et aujourd'hui reggae et ragga), il s'emploie à préserver le cachet d'authenticité africaine de la musique produite par Baaba Maal.

Sans conteste, celui-ci est prophète en pays pulaar. Les concerts qu'il donne à Podor sont de véritables bains de foule. A Selibaby, en Mauritanie, le comité d'accueil est précédé de cavaliers montés sur des chevaux blancs à la queue teinte au henné. Ses concerts à Londres ou au Cap suscitent le même enthousiasme chez un public savourant les notes de la guitare acoustique, communiant malgré tout avec ce grand musicien.

Celui-ci raconte dans sa langue maternelle le vécu des siens, l'idylle entre deux jeunes gens (Jamma Jenngii, Fanta) ou, en ambassadeur de bonne volonté du Pnud, transmet un message aux jeunes Africains dont le continent est ravagé par le Sida (Baayo).

La rencontre à Londres, avec Nelson Mandela est sublime : Baaba y improvise soudain un chant laudatif à la gloire du grand homme, comme on sait si bien le faire sur les berges du Fleuve Sénégal et partout en Afrique, en pareilles circonstances. Le jeu du guitariste Carlos Santana dans une des scènes du film montre bien que la musique de Baaba Maal s'accommode bien des souffles extérieurs qui le visitent. Le film insiste cependant sur l'apport des instruments traditionnels africains, le « ngoni », la « kora » du regretté Kaounding Cissokho ou encore le « tama-qui-parle » de Massamba. Leurs sortilèges laissent les spectateurs ébaubis. Ce film en Dvd offre un portrait du « roi du Yéla ».

On y découvre sa conception de la musique, sa philosophie de l'existence et sa vision de l'Afrique. Le Cd, quant à lui, reprend des titres de 1992 comme Daande Le-ol (un hommage sans doute à l'orchestre et aux compagnons des premiers jours), de 1994 (Baayo), de 1997 (Koni), de 1998 (Minuit) avec le guitariste Ernest Ranglin (aux sonorités hawaïennes et nostalgiques) et de 2001, comme Jamma Jenngii. Ce coffret, en fait, au-delà de Baaba Maal et de son cher Podor, attirera davantage l'attention du public international sur le Sénégal et ses richesses culturelles.