Cérémonie de remise des attributs au Prytanée militaire de Saint-Louis :
Émotion sur fond d’innovations


Le Soleil - Ibrahima Khaliloullah Ndiaye et Samba Oumar Fall

La traditionnelle cérémonie de présentation du drapeau et de remise des insignes aux élèves de 6e du Prytanée militaire de Saint-Louis s’est déroulée, le jeudi dernier. La cérémonie a été rehaussée par la présence du chef de l’Exécutif régional, ainsi que celle du chef d’état-major général des armées, le général de Corps d’armée Papa Khalilou Fall. Ce dernier était accompagné, en sus de ses directeurs de services, des patrons des armées guinéenne et cap-verdienne, ainsi que du représentant du chef de l’état-major de l’armée malienne.

Du fond de la nuit noire naissante et accentuée par l’absence de lumière, la voix des « bleues » déchire les ténèbres. La clameur devient envahissante au fur et à mesure que les « jeunes » s’approchent. Le pas cadencé, le rythme parfait, la volonté épouse le message du chant qu’ils dégagent de leur petite poitrine : « voici des heures que nous marchons. Prenons courage. Nous arrivons au Prytanée que nous aimons... »

La boule a ras, l’allure des jeunes laisse entrevoir toutes les épreuves subies, pendant trois mois. L’heure est néanmoins venue de les intégrer dans la grande famille des Enfants de Troupe. Ces 62 élèves, dont 3 Burkinabè, 2 Ivoiriens, 2 Guinéens, 2 Maliens et 2 Nigériens, réussissent avec brio le passage qui s’effectue devant le grand public. Membres du corps professoral, encadrement militaire, tout comme les anciens enfants de troupe... suivent le rituel dirigé par le doyen des enfants de troupe, Ahmadou Camara. Un rituel réaménagé et modernisé dont le couronnement est la remise des insignes par les parrains.

« Vous arrivez au terme de trois mois de souffrance et d’ignorance imposées par vos anciens qui ont disposé de tous les droits sur vous et vous ont imposés une vie d’Enfant de Troupe ; une vie d’ardeur au travail, de sérieux dans le comportement et surtout d’humilité et de patience sans lesquels le savoir ne peut s’acquérir et cela dans le seul souci de vous transmettre le flambeau », hurle le doyen. Poursuivant, il les exhorte à « maintenir haut ce flambeau lors des examens et concours, manifestations sportives et partout où le Prytanée sera représenté ».

A ces jeunes, qui se sont engagés sur le chemin de la sagesse et de l’honneur, il demande de « puiser à la source intarissable des anciens et de méditer la vie exemplaire du parrain de l’école, le capitaine Charles N’Tchoréré et de rester fidèle à la devise de l’école qui est : « Savoir pour mieux servir ».

Impérial, le doyen leur intime l’ordre « genoux à terre ». C’est dans cette posture qu’ils reçoivent leurs attributs des parrains. Ces attributs leur permettent ainsi « d’entrer dans le monde des adultes, des anciens pétris de valeurs qui façonnent les grands hommes au service des grandes nations ».

Et lorsque revient la lumière, la mine a changé chez ces jeunes maintenant coiffés de bérets et qui enchaînent sous les applaudissements du public sur leur serment. Comme prêts à relever tous les défis qui se feront jour, ils supplient le Seigneur de leur donner « la gloire, la souffrance, l’esprit de sacrifice. Tout ce que refusent les uns et les autres : foi, force et courage afin qu’ (ils) puissent s’instruire... Et servir (leur) patrie... »

L’hymne de la jeunesse africaine du président Wade est aussi dans le récital. Aguerris et fiers, les jeunes rajoutent un numéro au spectacle : le chant, mettant en avant la force, la vitalité et le courage, est accompagné de battements des mains sur la poitrine. A présent, ils regagnent les rangs dans anciens.

Présentation du drapeau

« Rien de positif et de durable ne se construit dans la facilité et que l’élite se définit moins par le niveau des connaissances et de culture que par la moralité, le comportement et le sens du devoir ». Cette sentence est du commandant Cheikh Birahim Thioune, commandant du PMS. Le commandant est d’avis que les élèves doivent toujours veiller à allier l’instruction à l’éducation, afin de contribuer à perpétuer la flamme de l’excellence allumée en eux par le Prytanée. Le drapeau de l’école a ainsi été présenté aux élèves nouvellement admis.

« Ce drapeau symbolise à lui tout seul tous nos idéaux de paix, de liberté et de dignité. Il est le défi constant d’un cœur vaillant qui cultive quotidiennement l’honneur ci-bas et qui vise le bonheur éternel des sommets célestes », souligne le commandant Thioune, avant de les rappeler à lui rendre tous les honneurs, à méditer les belles devises qui y sont inscrites et qu’elles soient, pour toujours, leur ligne de conduite. Il est revenu sur le combat perpétuel que mène le Prytanée pour s’accrocher durablement aux sommets de l’excellence. Ainsi, l’invite est faite aux jeunes Enfants de Troupe de « continuer à s’abreuver à la source pure percée par leurs glorieux anciens pour pouvoir réussir dans leurs études, de vivre un bonheur mérité ».

Feu colonel Salif Silèye Hanne, parrain de la promo

Le parrain de la promotion est feu le colonel Salif Silèye Hanne. Né en 1918 à Podor et incorporé au 1er régiment des Tirailleurs comme Engagé Volontaire le 1er novembre 1936, il s’est toujours montré à la hauteur. Véritable meneur d’hommes, il a incarné durant toute sa carrière les vertus cardinales du soldat et a atteint la dimension qui l’a installé au panthéon des illustres bâtisseurs de la Nation sénégalaise.

Le commandant Tamba, commandant en second du PMS, a exhorté les élèves à prendre exemple sur leur illustre parrain, qui a toujours suscité l’envie et inspiré le respect et leur a demandé de « se parer de valeurs essentielles que sont : la détermination, la persévérance, la droiture, le sens de l’honneur et du devoir et de l’esprit de camaraderie pour accompagner leur promotion vers leur même idéal ».

REACTIONS AUTORITES MILITAIRES : La tradition a été respectée

Ancien Enfant de Troupe, le général de corps d’Armée par ailleurs Cemga, Papa Khalilou Fall, s’est félicité de la somptuosité de la cérémonie. Il a remercié le Gouverneur de la région de Saint-Louis et ses homologues de la Guinée, du Cap-Vert et du Mali qui ont bien voulu honorer de leur présence cette grande fête du Prytanée. Ses remerciements sont également allés vers le commandement du PMS pour sa grande contribution à l’amélioration de l’éducation des Enfants de Troupe. Pour le Cemga, la tradition a été respectée. Il a par ailleurs souhaité que le PMS poursuive la même mission d’éducation et reste également dans le même registre d’école d’excellence et de grande discipline, qui assure une scolarité stable et de qualité aux Enfants de Troupe.

Son homologue de Guinée, le général de Division Kerfala Camara, un ancien de l’école, a également affiché toute sa satisfaction à la fin de la cérémonie. Pour le général Camara, la cérémonie se passe de commentaires.

Le patron de l’armée cap-verdienne et le représentant du Mali ont abondé dans le même sens. Ils se sont félicité du système d’internat et ont encouragé le brassage culturel qui y règne et qui contribue à l’enrichissement culturel des Enfants de Troupe, mais aussi l’esprit de camaraderie, de loyauté et de solidarité.

Même constat chez Amadou Sy, président de l’Association des Anciens Enfants de Troupe. « C’est vraiment grandiose. Après 3 mois de bazoutage, c’est quelque chose d’émouvant, qui me rappelle beaucoup de choses, beaucoup de souvenirs », a-t-il souligné avant de préciser que beaucoup de changements ont été effectués. « La situation de l’Enfant de Troupe s’est beaucoup améliorée. Il y a beaucoup de cérémonial et le chef d’état-major général des Armée ne présidait pas cette cérémonie », a-t-il conclu.

Centre d’excellence et creuset d’intégration

Créé en 1923 dans le but d’instruire la jeunesse, le Prytanée Militaire de Saint-Louis (PMS) est rapidement devenu un centre intellectuel de premier ordre. Avec comme devise : « Savoir pour mieux servir », le PMS poursuit toujours sa même mission d’éducation. Le Prytanée Militaire de Saint Louis a ouvert ses portes en 1923. Il encadre en son sein des élèves du Sénégal et aussi de pays de la sous-région. Établissement d’enseignement général sous la tutelle du ministère des Forces armées, le PMS est aujourd’hui dans sa 82e année.

Prestigieuse école qui, en plus, est un haut lieu d’éducation et de formation intellectuelle, le PMS se trouvait à Saint-Louis, avant d’être transféré à Dakar Bango, son site actuel. L’établissement a pris de nombreux noms. Ecole des Enfants de Troupe de Saint-Louis (EETS) en 1923, Ecole Militaire Préparatoire Africaine (EMPA) en 1953 puis Ecole Militaire Préparatoire (EMP) en 1962, elle devient le PMS en 1973.Le PMS a pour parrain le capitaine Charles N’Tchoréré, ancien directeur de l’Ecole des Enfants de Troupe, tombé pour la France le 7 juin 1940.

Fonctionnement

L’admission au PMS est très sélective et le recrutement se fait par voie de concours. Le concours est ouvert à tous les jeunes Sénégalais de sexe masculin répondant aux critères de présentation au concours d’entrée dans les écoles d’Enfants de Troupe. Le régime normal est l’internat et les frais de scolarité, de même que ceux de trousseau, sont à la charge de l’école. Le PMS est dirigé par un commandant qui exerce son autorité sur l’ensemble de l’établissement, assisté d’un directeur des études détaché par le ministère de l’Education nationale. Les cycles d’instruction sont analogues à ceux des établissements publics et aux programmes fixés par le ministère de l’Education. L’enseignement militaire est également dispensé aux 450 élèves répartis en 23 classes (1er et 2e cycles) et qui y vivent tout au long de l’année. Cette instruction est dispensée sous forme des modules de cours militaires qui les préparent à l’examen préparatoire élémentaire et secondaire, d’apprentissage au saut para, au permis de conduire. Les enfants de troupe bénéficient également d’un point de bonification lors des examens d’entrée aux grandes écoles militaires. Malgré cet avantage, seul 1/10 des enfants de troupe embrasse une carrière militaire. Ce qui représente une perte considérable pour l’Etat qui investit annuellement plus d’un million de francs sur chaque Enfant de Troupe. Un grand défi que compte relever l’école.

Le PMS accueille des élèves des pays de la sous-région : Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso, Niger, Gabon, République centrafricaine, Tchad. Ce qui en fait un fleuron de l’intégration africaine. Ce brassage de plusieurs cultures permet aux Enfants de Troupe de s’enrichir au cours de leur formation et de prolonger ces relations après leur passage à l’école. Véritable temple du savoir, le PMS est resté fidèle à sa vocation, en enregistrant un taux de réussite de 82 % au Bfem et plus de 95 % au Bac, avec 2 mentions Très Bien, 8 mentions Bien et 12 mentions Abien. A cela s’ajoutent d’excellents résultats réalisés au Concours général, avec 27 citations dont 16 premiers prix et 11 citations. Malgré ces bons résultats, le PMS compte faire mieux dans les années à venir.

Elargissement des effectifs

Longtemps réservé au genre masculin, le PMS, sur une suggestion du chef de l’Etat, va entrer dans l’ère de la mixité à partir de la prochaine rentrée. Cette mixité va permettre au PMS d’être au diapason des exigences en matière d’approche Genre, selon les partisans de cette option. Seulement les avis sont très partagés sur l’admission prochaine des jeunes filles. Des anciens aux actuels pensionnaires, le rejet se confronte souvent à des positions plus conciliantes. Dans sa politique de renforcement qualitatif de son effectif classique, le PMS compte ouvrir ses portes au public, à travers un concours collatéral de la 5e à la première.

Modernisation des infrastructures

Le PMS a fait peau neuve pour améliorer les conditions d’existence et de travail des Enfants de Troupe. Il abrite aujourd’hui le Commandement (état-major, direction des Etudes), les salles de classe, deux salles informatiques, les dortoirs, les réfectoires, les salles de loisirs, les services qui permettent d’assurer un bon fonctionnement de l’établissement (infirmerie, garage, parc automobile entièrement rénové, ateliers), une bibliothèque de plus de 10.000 volumes et des infrastructures sportives, sans compter le nouveau lycée promis par le président de la République.