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Saint-Louis du Sénégal : Une ville hospitalière à la croisée des chemins SIAKA NDONG - Le Soleil
Carrefour de plusieurs civilisations, Saint-Louis fut naguère le centre de l’intelligentsia africaine. Cette ville tricentenaire et connue pour son hospitalité légendaire est, aujourd’hui, à la croisée des chemins. La ville de Saint-Louis fascine et fascinera toujours. L’étranger qui débarque pour la première fois dans la capitale du Nord, qui fut jadis la première ville française d’Afrique noire, est tout d’abord séduit par son micro-climat et l’hospitalité légendaire de sa population. Cette teranga qui est d’abord saint-louisienne avant d’être sénégalaise est une manière de vivre qui se traduit par une solidarité agissante qui a toujours été le credo du Saint-louisien. Pour Collot Diakhaté, conseiller spécial du maire de Saint-Louis chargé de la culture, cette teranga n’est pas une légende. « Elle est la métaphore même de l’hospitalité saint-louisienne qui habite tous les esprits et tous les cœurs ». Pour magnifier cette teranga. Selon la petite histoire qu’il a bien voulu nous narrer, il y avait une tradition bien saint-louisienne qui consistait à garder un bol, avant l’arrivée de l’autorail, pour un parent, un ami ou l’ami d’un proche. De nos jours, cette tradition se perpétue encore, mais sous d’autres formes. Elle témoigne de l’attachement qu’a toujours le Saint-louisien pour son hôte ou son prochain. Dans cette ville attachante et envoûtante, l’étranger est bien intégré et se sent comme chez lui. Il n’y a pas de dichotomie entre allogène et autochtone. Selon Collot Diakhaté, cette hospitalité n’est pas née ex-nihilo. Elle a été tissée par 300 ans de présence française à Saint-Louis. Cela a marqué à la fois l’esprit et le comportement du Saint-Louisien, d’où la naissance du mythe du doomu Ndar. « Ce Doomu Ndar, il n’était pas forcément wolof. Il était Toucouleur, parfois sérère, diola de Casamance ou Kadior-kadior », note Collot Diakhaté qui estime que ce concept n’a pas été imposé. Il a été naturel, car toute naissance à Saint-Louis donne droit à cette notoriété du Doomu Ndar qui n’est pas une citoyenneté à part, mais une citoyenneté à part entière. Ndar-Toute ou le Far west de St-Louis Ndar-Toute, ce quartier pittoresque de la ville de St-Louis, a fondamentalement marqué plusieurs générations de jeunes Saint-louisiens. C’était dans ce quartier qu’était implanté le fameux Camp Gazé, le camp du régiment des Tirailleurs sénégalais. Véritable melting-pot, Ndar-Toute était le creuset de plusieurs nationalités africaines. Les abords du camp Gazé étaient célèbres à l’époque pour leurs bars et leurs théâtres. Civils et militaires s’y côtoyaient. Il y avait souvent des bagarres et des règlements de compte qui viraient au vinaigre. Ce quartier, appelé le Far West de Saint-Louis, véritable temple de Bacchus, était aussi un haut lieu de la prostitution, d’où son autre surnom, Indochine. C’était tout le contraire du quartier Sud, par exemple, le plus vieux de la capitale du Nord. Le Sud se distinguait par son mode de vie classique. Il y avait un foyer de jeunes et un cinéma où la jeunesse éducatrice venaient suivre des films. C’était aussi un lieu de rencontre et d’échange entre jeunes blancs et noirs qui partageaient la même passion. Mais, au-delà de toutes ces considérations existentialistes, Saint-Louis étaient et demeure encore une ville de vertu. Très tôt, on apprenait aux enfants les versets du coran, se souvient Golbert Diagne, l’une des figures emblématiques de Saint-Louis. Né à la rue de France, Golbert, à l’image de tous les Doomu –Ndar, est très attaché à sa ville. Des us et coutumes qui se perdent « Je ne peux pas passer deux nuits ailleurs. Chaque fois que cela arrive, je suis dans une souffrance momentanée », a-t-il révélé. De ses souvenirs d’enfance, il se rappelle des parties de pêche et de baignade sur le grand bras du Fleuve. Les études coraniques chez Oustaz Ousseynou Sarr l’on beaucoup marqué, de même que ses premières années à l’école Brière. Toutefois, selon Golbert, Saint-Louis est en train de perdre plusieurs de ces us et coutumes. Les sacrifices de lakh, thiacry ou de lait-caillé à Mme Coumba Bang, la déesse protectrice de Saint-Louis ont presque disparu. Cette vieille tradition, qui avait lieu chaque année au début des grandes vacances, avait pour finalité de conjurer le mauvais sort pour éviter que les enfants ne se noient dans le fleuve qui a donné son nom au pays. À sa naissance, tout nouveau-né était purifié par un breuvage constitué de l’eau du puits de la grande mosquée entre le petit bras du fleuve l’Océan Atlantique. Cette pratique est également en voie de disparition de nos jours. Mais, les fervents défenseurs de ces traditions mutiséculaires n’en démordent pas et pensent très sincèrement que Saint-Louis, comme un sphinx, renaîtra de ses cendres. |