Marc Faivre à la Fondation Sonatel :
le portraitiste qui venait de Saint Louis


Le Soleil (Dakar) -4 Janvier 2006 - Jean Pires


Dans le lot des expositions dakaroises de fin d'année, il y a eu celle du français Marc Faivre dont les dessins et les portraits sont présentés au nouvel espace culturel de la Fondation Sonatel (Rond Point Patte d'Oie/Route de l'aéroport) depuis le 16 décembre.

L'exposition de Marc Faivre est particulière. Non parce qu'il a choisi en tant que Saint-Louisien (il vit à Ndar depuis 1990) de « descendre » à Dakar, mais surtout parce qu'il est l'un des rares plasticiens, en ce moment au Sénégal, à produire exclusivement dans le figuratif, mieux, son trait essaie de se rapprocher au mieux du réalisme. Il ne saurait en être autrement d'ailleurs, puisque cet artiste s'applique, avec quelque bonheur d'ailleurs, à faire des portraits.


Il présente 27 dessins qui nous transportent sur l'île de Saint Louis, Ndar selon l'appellation locale. La promenade s'étire et les clichés se succèdent entre la « capitainerie du port » et « la descente du pont », on s'attarde à regarder la débauche d'énergie du « jour de régates » . Marc Faivre livre des images du quotidien comme « jeunesse saint louisienne » ou la séance de thé, la préparation du « café touba » . L'artiste utilise le plus souvent la craie « Comté » de couleur noire, elle laisse un trait indélébile sur le papier, il n'est pas question d'user de la gomme. Le dessin est exécuté avec la méticulosité et la rigueur imposée par ce genre pictural. Marc Faivre a séjourné brièvement dans une académie d'arts plastiques et un atelier d'art en France, avant son périple africain qui a abouti à Saint-Louis. Il prend du plaisir à travailler le portrait avec la craie « Comté » : « le trait est lisible tout de suite , ça glisse, on est dans le vrai croquis... » souligne cet ancien dessinateur de publicité.

De son voisinage avec la mer et les pêcheurs, l'artiste a fait une série de portraits de personnages qui sont, sans doute, ceux de l'équipage d'une pirogue. Il y a des hommes et des visages, des expressions et des attitudes, voilà qui permet à Marc Faivre de se laisser aller à sa passion du dessin. Cela lui prend une dizaine de minutes pour réaliser un portrait, mais c'est un moment intense de création qu'il vient présenter à Dakar.

Une bribe de poésie dessinée

Quelques dessins sont exécutés à l'encre de Chine, ailleurs il utilise avec précaution l'aquarelle comme dans ce « Gaïndé ak Ganar »(le Lion et le Coq), composition aux allures de nature morte, puisque représentant des objets où l'on voit justement les symboles des protagonistes d'un certain match d'ouverture du mondial de football 2002. La musique qu'il affectionne prend une place importante dans ce lot de dessins et de portraits qui nous viennent de Saint Louis. Marc Faivre montre ses talents d'illustrateurs, mais aussi de poète ; il introduit d'ailleurs un genre assez inédit : la poésie dessinée, sous le titre « Pont pendule », raconte le perpétuel recommencement des actes quotidiens sur le célèbre Pont Faidherbe de Saint Louis.

Alors que les dessins sont accrochés aux cimaises, sur des socles au milieu de la salle trônent les poteries et céramiques d'Alpha Sow, l'artiste invité. Il est passé maître dans cette technique artistique. Il se retrouve, ce qui est à déplorer, assez seul à un moment où l'intérêt est de plus en plus grand pour les oeuvres en céramique.

Marc Faivre, le principal sujet de cette exposition est aujourd'hui un Sénégalais d'adoption, totalement intégré dans la société saint-louisienne. Il a épousé Rouguiyatou, une jeune saint-louisienne, qui inspire sans doute certains dessins de jeunes femmes au visage candides et serein. Marc Faivre a pris le tempo de la ville de Saint-Louis et son souci est d'apporter une pierre à la vie culturelle de sa ville d'adoption, par exemple la création d'une académie de dessin. Voilà une idée qui mérite d'être creusée, et il pourrait en être de même pour

le théâtre, la danse, bref nombre d'expressions artistiques que les Saint-louisiens découvrent, de plus en plus, sans pour autant en tirer tout le profit possible.