Fanal de Saint-Louis :
un produit touristique à professionnaliser


Wal Fadjri (Dakar)

7 Janvier 2005

Johnson Mbengue


Le "fanal" de Saint-Louis a mobilisé encore, cette année, toutes les énergies. La place Faidherbe qui abritait la manifestation initiée, depuis 1999, a refusé du monde à la Noël. Le fanal mériterait cependant d'être professionnalisé en ce sens qu'il est devenu un produit de promotion du tourisme sénégalais.

Initiative de la comédienne Marie Madeleine Diallo, la sixième édition du "fanal" (fête de fin d'année) de Saint-Louis a vécu cette année, avec un spectacle en son et lumière réalisé par Jean-Pierre Leurs. Ce produit culturel qui fait partie du patrimoine historique de la vielle ville, peut-être mis en valeur pour faire connaître notre pays aux touristes dans le cadre du dialogue des culturels que prônait le premier président du Sénégal indépendant, Léopold Sédar Senghor.

Français d'origine algérienne, Tahar qui visitait pour la première fois le Sénégal, estime que le fanal est une passerelle entre la culture et le tourisme. "J'ai l'impression que ce spectacle renvoie aux origines du Sénégal. Il me semble qu'il mobilise tout un peuple. Il y a une sorte de passerelle entre ce fanal et le tourisme. Tout ce qui peut permettre de vendre la destination du Sénégal doit être soutenu. Ce fanal peut donner envie à d'autres pays européens, voire africains de venir voir ce qui se passe au Sénégal en période de fin d'année. Le fanal peut servir de lien entre des peuples ", note-t-il.

Le "Baw naan", fête d'imploration du ciel pour un bon hivernage, la circoncision en Casamance et le "fanal", montrent un cachet culturel du Sénégal qui peut être revalorisé pour servir de support de promotion de la destination. "Le fanal constitue une attraction pour le tourisme. C'est une manifestation assez édifiante de la culture sénégalaise. Ces genres de cérémonies doivent pouvoir servir de relais au tourisme sénégalais. C'est la première fois que je viens au Sénégal, mais j'ai été vraiment impressionnée par ce que j'ai vu à Saint-Louis", confie une journaliste italienne.

Les touristes rencontrés à la mythique place Faidherbe (du nom de l'ancien gouverneur de l'Aof) ne s'accordent que sur une chose : le fanal est un produit culturel de promotion de la destination. Mais il mérite d'être professionnalisé. "C'est une belle manifestation, un joli spectacle. Depuis plus de dix ans, nous venons à Saint-Louis, mais nous n'avons jamais assisté à un fanal. Nous sommes très contents et ne regrettons pas d'avoir été présents à ce 3e fanal (6e édition en réalité). Une fois à Paris, nous en parlerons à nos amis d'autant plus que le fanal ne peut que favoriser l'arrivée de touristes en cette période de fin d'année. Les costumes faits par la grande styliste sénégalaise (Oumou Sy) sont de très belle qualité et de belles couleurs", relève Jacques Ferrière, habitant Montmartre (Paris) qui assistait à l'événement à côté de son épouse. Le maire de Saint-Louis, Ousmane Masseck Ndiaye, par ailleurs ministre du Tourisme et des Transports, ambitionne de mobiliser tous les moyens nécessaires pour apporter une touche beaucoup plus professionnelle au fanal en vue de soutenir la promotrice de cette manifestation.


Organisé dans la nuit du 30 au 31 décembre, le fanal a vu cette année la participation des Quatre communes. Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis, vu leur importance dans le patrimoine historique du Sénégal ont rivalisé d'ingéniosité lors de cette 6e édition du fanal. L'histoire et le destin qui lient ces vieilles villes a motivé Jalloré productions (structure de Marie-Madeleine Diallo) d'en faire des parrains de la 6e édition pour rappeler le riche patrimoine culturel qu'elles partagent. "L'objectif visé est de promouvoir et faire découvrir aux touristes les spécificités culturelles de la région de Saint-Louis en particulier et du Sénégal en général", souligne la présidente de Jalloré productions.

Marie-Madeleine Diallo rappelle que c'est en 1999 qu'elle a pris l'initiative de "ressusciter" le fanal. "Nous n'avons cessé d'impliquer les populations à travers plusieurs stratégies, mais les difficultés auxquelles les populations sont confrontées et les changements de mentalité au sein de la société font que l'appropriation du fanal par les populations que nous souhaitons tant n'est pas totalement de mise", reconnaît Mme Diallo. Elle ajoute : "Nous avons voulu revisiter l'histoire qui lie les quatre communes (Saint-Louis, Dakar, Gorée et Rufisque). Le fanal est un produit d'appel qui peut favoriser l'émergence de la destination à travers Saint-Louis et sa culture. Nous avons des plages, des parcs nationaux, etc. Le fanal est un autre atout qui pourra intéresser les touristes."