Evolution du football Saint-Louisien :
S’achemine-t-on vers la fin d’un mythe ?

SIAKA NDONG - Le Soleil

Le football a toujours été une grande passion à Saint-Louis. De grands noms sont restés intimement liés à la pratique de ce sport qui est aujourd’hui à la recherche de ses repères.

Saint-Louis a été le vecteur du Sport en Afrique. C’est dans cette ville qu’ont été installées les premières équipes de football du Sénégal. Vers les années 1940, l’ancienne capitale de l’AOF disposait déjà d’un stade gazonné, le premier du genre dans la sous-région. Plusieurs footballeurs de renom ont marqué de leur empreinte l’histoire du sport à Saint-Louis. Ces icônes du ballon rond qui faisaient vibrer les stades les dimanches avaient pour noms Lô Madièye, Saliou Sarr dit Zal, Serigne Mbaye, Abdoulaye Diop ou encore Pape Luche.

Ils se caractérisaient par l’immensité de leur talent et faisaient rêver le public du temple du football qu’était à l’époque le stade de Sor, devenu plus tard le stade Wiltord avant d’être rebaptisé stade Me Babacar Sèye. Le football, introduit à Saint-Louis par les militaires de l’armée coloniale, était devenu une seconde religion. Il y avait une prolifération d’équipes qui se valaient les unes et les autres. Ces équipes saint-louisiennes étaient toujours classées parmi les meilleures du Sénégal et du continent.

Dislocation des grands ensembles sportifs

“ Le foot était une grande passion et les médiocres n’avaient pas leur place ”, à en croire Madické Diakhaté dit Collot, ancien du Gaité Club. Chaque dimanche, c’était des saines émulations car l’histoire de ces équipes à l’image du “ Réveil ”, de “ l’Avenir ”, “ le Grand Air ”, c’était d’abord et avant tout les relations familiales et amicales très solides qui liaient ces hommes ”. Il y avait le respect de l’autre, l’envie de vaincre ”, selon Golbert Diagne, ancien reporter sportif à la RTS.

Mais au lendemain des indépendances, ces grands ensembles sportifs se sont disloqués. “ L’Olympique Cyclo Sport ” de Sor est devenu “ l’essor ” de Saint-Louis. Il fallait diluer les grandes équipes.

C’est dans cette logique de regroupement impulsée en 1969 par le tandem Lamine Diack - Mawade Wade qu’est née la Linguère de Saint-Louis des flancs de “ l’Espoir ” et de la “ Saint-Louisienne ”. Devenue l’équipe fanion de la capitale du Nord, la Linguère a joué un grand rôle dans l’histoire du football national.

Mais depuis quelques années, elle est au crépuscule de ses capacités. Pour sauver cette équipe, Collot Diakhaté invite ses dirigeants à avoir l’humilité de se remettre en cause. “ On ne doit pas se servir de la Linguère comme un tremplin ”, lance-t-il en direction des acteurs du football saint-louisien qui ont l’obligation de reconstituer une muraille autour de la Linguère pour en faire un club de ville qui saurait respecter la mémoire du foot local.

Cependant, pour Louis Guèye de Jokko, une équipe de troisième division, le problème de la Linguère est celui de tous les clubs du pays, c’est-à-dire le manque de moyen financier. Il a l’espoir tout de même que dans le travail, la rigueur et la persévérance, la Linguère pourra rebondir pour reconquérir son public naturel qui l’a toujours aimé et adulé.