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Le gandiololais, un terroir aux potentialités énormes rangé aux oubliettes Le Soleil (Dakar) 11 Avril 2005 Un Reportage de Amadou AÏcha Ndiaye
Une kyrielle de villages y partage le même sort. Pourtant les potentialités hydro-agricoles et touristiques existent bel et bien. Un détour au coeur d'un poumon du Walo naturel a permis de se rendre à l'évidence d'un trésor sous-exploité et même mal investi. Située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Saint-Louis, une constellation de villages du Gandiol vit la même situation difficile. Malgré tout, le terroir veut sortir des ténèbres, à cause de sa situation dans une zone humide par excellence. Une route retapée après les pluies diluviennes, et la crue causée par le canal de délestage font que les ressources naturelles et animales peuplent l'environnement écologique. L'embouchure du fleuve Sénégal représente le premier trésor de ces populations laissées à elles-mêmes. Elles manquent de presque de tout et vivent dans la pauvreté avec son corollaire de difficultés que des solutions apportées jusqu'ici n'ont pas résolues. De manière générale, il apparaît que les pauvres constituent une des catégories sociales les plus mobiles de la société, même si les moyens de transport font largement défaut. Cette forte mobilité constatée tous les jours chez ces populations du Gandiol est une stratégie pour obtenir des ressources extérieures nécessaires à leur vie de tous les jours. Elles sont confrontées à un problème de route, malgré les réfections et réhabilitations effectuées sur cet axe très prisé par les touristes, la demande sociale en termes de santé et d'éducation est toujours très forte. L'accès aux villages de Tassinère, Mouit, Pilot et tant d'autres relève d'un véritable parcours du combattant pour des adeptes de la nature. Une seule piste dessert ces villages. En période hivernale, elle est coupée par les crues du fleuve, empêchant de fait tout transport routier. Ce qui oblige les braves habitants de ces localités à rallier Saint-Louis en embarcations très souvent surchargées. Combat contre la pauvreté Conscients de leur sort, ils s'organisent et comptent prendre leur destin en main, espérant fermement ces villages ne disparaîtront pas dans les flots du fleuve Sénégal voisin. Un pêcheur trouvé à l'entrée du village, sur un pont, torse nu, le regard effaré, tente d'éviter notre prise de contact, en continuant de remettre de l'ordre dans les multiples accrocs de son filet prêt à être jeté dans les eaux douces, du reste poissonneuses. Mais, le salut rassurant lancé par notre guide, Ousmane Diallo, qu'il connaît bien, le dispose à répondre à nos questions. Selon, Ndiawar Gaye, cette activité qu'il pratique depuis des années est héritée de son père. Le dénuement des habitants du Gandiol est dû, selon notre interlocuteur, à la faiblesse de revenus devant permettre de faire face aux besoins. C'est pourquoi, pour faire face à la pauvreté, les jeunes, les femmes et les opérateurs économiques s'organisent en groupements d'intérêt économique (Gie). Ainsi, ils créent de petites entreprises de développement sur une terre rare. Elle abrite, en effet, le Parc national de la Langue de Barbarie, la réserve de Gueumbeul, le Zébra bar. À cet égard, les populations s'adonnent aux activités de maraîchage. Ainsi des milliers de tonnes de produits agricoles sont récoltées chaque année. Parmi les légumes conditionnés et vendus sur les marchés intérieurs, il y a l'oignon, la tomate, la salade, la pomme de terre, la menthe (ou nana en wolof). S'y ajoute la production de sel qui occupe une place de choix dans l'exploitation du sous-sol de la zone. Les villages de Gandiol et Ngaye-Ngaye restent les gros fournisseurs de sel très apprécié. La vente des produits de la mer est aussi une activité génératrice de revenus pour ces Gandiolais. Au verbe spécifique, les jeunes de ces villages s'adonnent à la vente de crevettes, de langoustes et de sardinelles. Les hôteliers demeurent les principaux consommateurs de ces fruits de mer, en dehors des quantités importantes transportées jusqu'à Dakar pour l'exportation. Par ailleurs, la profession de vigile de parc a fini de convaincre les rares titulaires du Brevet de fin d'études ou étudiants cartouchards. Ils incarnent la mission de police écologique dans cette partie considérée comme patrimoine mondial de la biodiversité. Ces vigiles, encadrés par les gardes forestiers et cadres de parc national, sont de vrais acteurs et protecteurs de l'écosystème. Un peuplement élancé de palétuviers, de cocotiers, de palmiers rappelle aux visiteurs la dense et luxuriante forêt de Casamance. Des beuglements de vache se font entendre. Un crépitement dans le sombre feuillage témoigne de la présence d'oiseaux au fond d'une mangrove refuge de poissons. Cet endroit paradisiaque justifie la convoitise pour ces contrées qui charment des centaines de touristes étrangers qui n'hésitent pas, souvent, à se payer un lopin de terre pour y habiter. À la place à palabres, Samba Kâ prend la parole et explique que des voix politiques sont passées par là, promettant des monts et merveilles, notamment le désenclavement, l'emploi des jeunes, mais hélas, rien. Au plan académique, Gandiol ne compte qu'un seul collège pour plusieurs villages que sont Pilot, Mboumbaye, Mouit, Ndiabène, Ricotte, Taré, Ndiol et Tassinère qui abrite les locaux de l'établissement. La jalousie inter-villageoise avait provoqué des tensions, selon un habitant qui révèle que " le collège n'a pas de nom, faute de consensus ". Le cycle secondaire moyen général comprend des classes de la 6e à la 3e depuis octobre 2004-2005. L'exode des cadres Pourtant, ce terroir regorge d'intellectuels, mais presque tous plaident rarement pour un retour à la source. Dakar et les autres régions ont fini d'attirer ces Gandiol-gandiol qui ne reviennent que lors des fêtes religieuses musulmanes. L'une des premières écoles élémentaires du Sénégal, semble-t-il, fut construite dans ce village. Les résultats enregistrés année après année aux différents examens (certificat de fin d'études élémentaires, brevet et bac) sont satisfaisants. Cependant, la scolarisation des jeunes filles constitue le maillon faible du dispositif académique. Des stratégies pour convaincre les parents à inscrire leurs filles en âge d'aller à l'école sont initiées et articulées à travers des tours de familles et autres rencontres de femmes. La santé des populations pose problème. Gandiol ne compte qu'un poste de santé qui grouille de monde chaque jour que Dieu fait. Les maux dont ils souffrent sont multiples et différents les uns des autres. Parmi les pathologies les plus fréquentes on peut noter le paludisme, les maladies liées au péril fécal, diarrhée, vomissement. Une dame a perdu la vie lors d'un accouchement. Elle a laissé derrière elle un bébé de sexe féminin entièrement pris en charge par son papa, I.Diop, qui remercie le centre social St -Joseph de Cluny, sis dans la langue de barbarie, qui lui a porté assistance. Sous un arbre, des personnes âgées devisent autour d'un verre de thé. Ils dénoncent, avec une vigueur les promesses jamais tenues faites à leur village lors des campagnes électorales. Et des pêcheurs À l'entrée du village, des poteaux électriques, selon lui, débarqués depuis 2002, n'ont servi à rien. Et le vieux B. Kâ d'ajouter que " seul Gandiol et les villages qu'il polarise pouvait assurer des rendements agricoles et halieutiques capables de hisser la région au peloton de tête de l'économie nationale ". Les potentialités touristiques dont jouit ce terroir qui m'a vu naître, nous honorent lance son voisin. " Ici, les terres sont fertiles, l'eau est abondante, mais, sans moyens, nos enfants sont contraints à l'exode ". Basés pour la plupart à Ziguinchor, les
pêcheurs de Gandiol ont largement contribué au dépeuplement
de la cité. Les femmes laissées à elles-mêmes
se débrouillent courageusement pour mériter la confiance
de leurs maris. Un renforcement des capacités institutionnelles aiderait ces populations à sortir du gouffre Voir page spéciale sur la région de Gandiol
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