Balade avec Golbert à travers la ville

Le Soleil

«Golbert, depuis trois générations, est unique dans l’histoire du Sénégal ». L’homme qui s’exprime ainsi est Alioune Badara Diagne, dit Golbert. Le nom Golbert est une déformation de Colbert, célèbre homme d’État français. Ce fait montre le cordon ombilical qui lie Saint-Louis à la France. « Mon grand-père s’appelait Golbert, mon père de même et je viens compléter le tableau ». Golbert Diagne, comme les Saint-Louisiens l’appellent, est âgé de 64 ans. Dubitatif devant un tel aveu, il rit aux éclats avant de donner le secret de sa jeunesse. « Je fais du sport chaque matin, 2 km les jours ordinaires et 6 Km le samedi. Le dimanche, je joue au foot avec les vétérans de Saint-Louis ». Mais, ce n’est pas seulement le sport qui maintient cet homme dans cette jeunesse que lui envieraient tous ceux qui sont de sa génération. « L’amour me fait vivre, j’aime l’amour ». Il peut bien le dire avec ses trois femmes. « J’ai trois femmes parce qu’à chaque fois que je me sens bien avec une femme, je la marie ». Va-t-il s’arrêter à trois ? Non. La réponse fuse d’elle-même. « Je pense que je vais prendre une quatrième épouse ». C’est du Golbert.

M avec Golbert dans les rues de Saint-Louis relève d’une gageure. Pas un pas sans que quelqu’un ne l’arrête. Devant sa station de radio, des mains nombreuses viennent s’abattre sur la sienne. Des femmes l’interpellent à tout bout de champ. L’homme répond calmement avec un sourire radieux. Trois pas, à l’angle de la Gouvernance, c’est une assemblée d’hommes d’âge mûr. Les plaisanteries s’envolent. L’homme a une répartie terrible. Les hommes en rient allègrement. « Ce sont mes amis de plus de quarante ans ». Pendant que les étudiants attendent les bus pour aller à l’université, une bonne dame vend des beignets. Un petit groupe se forme autour de son étal. Golbert engage des salamalecs avec la dame. Une femme, la trentaine, lui jette des regards langoureux. L’homme ne relève pas. C’est le prix de la célébrité.

Quand on s’appelait Golbert Diatta

La place Faidherbe. Les jardins fermés et la statue de l’ancien gouverneur français accueillent les regards. Quelques pas et nous sommes sur le pont qui relie Guet Ndar à l’Île de beauté. Deux hommes de blanc vêtus le prennent en main. L’un d’eux, Imam de la mosquée de Ndar Toute, répondant au nom de Moustapha Thioum, clame tout haut : « Golbert est le seul journaliste de Saint-Louis, de toutes les façons, c’est mon journaliste, non pas qu’il dise toujours ce qui me plaît, mais il a au moins le courage de parler des maux de la ville en toute sincérité ; il aime Saint-Louis ». C’est vrai, entre Saint-Louis et le journaliste Golbert Diagne, c’est une longue histoire d’amour, commencée en 1963 jusqu’à nos jours. La retraite, survenue en 1996, n’y fit rien.

Le journaliste créa par la suite sa radio. En 1967, Golbert, agent de l’Orts, insulte le gouverneur de Saint-Louis. Il est licencié. Il prend ses baluchons et les dépose en Mauritanie. Rapidement, il devint le rédacteur en chef de la radio nationale mauritanienne. Il quitte la radio pour le Miferma (la société d’extraction des minerais de fer de la Mauritanie), dans la même année, pour mettre sur pied un journal. « J’ai été choisi sur la base d’un concours ». Mais l’intermède mauritanien ne devait pas durer. Son père, « un érudit de l’Islam », le rappelle à Saint-Louis. « Si tu restes en Mauritanie, tu n’auras plus ma bénédiction ». Golbert revient au bercail pour réintégrer la radio nationale.

Sur le pont, c’est un vieux de Guet Ndar qui l’interpelle pour lui demander de parler de la paix en Casamance. « Tu te rappelles quand tu disais à la radio que tu t’appelles Golbert Diatta ? ». « Cela remonte à longtemps », lui dit Golbert dans un sourire. Le vieux fait partie des premiers pêcheurs de Guet Ndar établis en Casamance. Il supplie Golbert d’aborder la question de la paix en Casamance. Toujours sur le pont, ce sont des jeunes filles qui le saluent poliment. Guet Ndar se donne avec sa statue de Dupont et Demba. Tout autour des calèches et les klaxons des voitures, sans compter les hommes et les femmes qui, comme dans une ruche, travaillent. Là, c’est un ancien footballeur qui le hèle. « Il n’y a pas de femmes à Guet Ndar pour toi », lui dit-il. « Tu parles et tu verras », lui lance Golbert, la mine réjouie. « Je suis bien ici, ce sont des hommes sincères et travailleurs, je les aime beaucoup ». Pour Golbert, les habitants de Guet Ndar symbolisent la sincérité : « c’est le quartier de la sincérité » note-t-il. Les occupants des calèches l’appellent de toutes parts. Il faut du temps pour traverser le garage jouxtant le pont.

Un homme aimé de tout un quartier

Le regard capté par les travaux de la corniche qui doit ceinturer le quartier, Golbert dit dans un souffle qui en dit long sur son amour de cette ville : « bientôt la route sera terminée, Saint-Louis est en chantier ». La première rue à gauche et nous sommes dans le Guet Ndar. C’est la folie à la vue de Golbert. Pas un pas sans que des personnes de tous les âges l’interpellent. Golbert par ci, Golbert par là. L’homme s’arrête pour saluer « ses amis ». Ici, c’est un groupe de personnes aux cheveux blancs qui l’appellent pour discuter d’un problème sérieux. Là, à quelques mètres, des enfants l’encadrent et cheminent avec lui. Leurs parents montrent des mines réjouies de voir Golbert. Des hommes postés à l’encoignure d’une rue adjacente se mettent à rire dès qu’ils le voient. Des plaisanteries se lancent à toute vitesse. Une femme vient se blottir, d’une manière émouvante, dans les bras de Golbert.

« Je suis un médiateur social »

C’est une dame d’une soixantaine d’années. Ils se parlent doucement. Les mots langoureux du wolof saint-louisien fusent. Des rires joyeux ponctuent leur discussion. Maguette Bèye Sène, un pêcheur aussi vigoureux qu’un roc, lui prend les bras. C’est un auditeur de la radio et un fan de Golbert. « Vous avez réussi à avoir ce qu’aucun Saint-Louisien ne peut espérer : voir Golbert en plein jour dans les rues de Nguet Ndar. Aujourd’hui, les enfants sont à l’école et les hommes à la mer, sinon, c’est une émeute que vous allez vivre », nous dit Maguette Bèye Sène. En fait d’émeute, les hommes et les femmes commencent à affluer vers Golbert. Les enfants ne se gênent pas pour se jeter dans ses bras. Des femmes qui vendent des poissons frits lui en offre à cœur joie. « Il faut retourner sinon c’est l’émeute ».

«Je suis un médiateur social», dit Golbert. À l’en croire, même le gouverneur l’envoie régler des problèmes dans les quartiers aussi chauds que Guet Ndar. «Je suis le seul à oser leur parler, leur dire d’arrêter quand ils sont en colère». Ce sont gens naturels et sérieux.