Abdou Diallo : "Nous voulons faire de Saint-Louis, le pôle du Jazz en Afrique" Le Patriote (Abidjan)
INTERVIEW
Y. Sangaré (Envoyé spécial à Dakar ) Membre fondateur du Festival international de Jazz de Saint-Louis, Abdoukadre (que ses intimes appellent affectueusement Abdou Diallo) assure aujourd'hui la Direction générale de cet événement, après avoir occupé le poste de Secrétaire général. Il donne ici les grandes lignes de ce Festival et revient sur les péripéties de la 12ème édition qui, rappelons-le, a réuni des têtes fortes du Jazz du 05 au 8 mai dernier à Saint-Louis. Comment est né ce Festival ? Ce Festival est né de la volonté de jeunes Saint-Louisiens, qui en 1991, ont créé le premier orchestre de Jazz en Afrique de l'Ouest. Ils se sont dits qu'il fallait créer un événement pour le lancer. En ce moment-là, il y avait quelques hôtels à Saint-Louis. La ville était en léthargie. Ils ont donc estimé qu'il fallait faire quelque chose pour le développement touristique de la ville de Saint-Louis. Et ils ont créé le 1er Festival de Jazz de Saint-Louis en 1991. Au départ, nous n'avions pas eu les moyens de faire un festival. Nous avons fait deux soirées avec deux concerts et le lendemain des projections de films sur le Jazz. En 92, la programmation a été beaucoup plus alléchante, avec des musiciens de Dakar et de Saint-Louis. Et c'est seulement en 93, avec le Centre culturel français que le Festival s'est véritablement lancé, en ayant une dimension internationale. Et depuis 1994, c'est trois entités qui dirigent ce festival à savoir le Syndicat d'initiative de Saint-Louis, le Centre culturel français et l'Association Saint-Louis Jazz. En 1998, cette association est devenue maître d'oeuvre de l'événement. Depuis, c'est elle qui gère le Festival de Jazz de Saint-Louis. Au début, il se déroulait dans les entrepôts Peyrissac qui donnaient un cachet spécial à ce festival. Deux ans après, c'était devenu très exigu. Nous sommes alors allés sur la mythique place Faidherbe, la plus connue à Saint-Louis. C'est un espace ouvert, convivial, idéal pour un Festival de Jazz. Mais pour des raisons économiques, c'est la deuxième fois que nous organisons le Festival au Quais des sites. Je pense que l'année prochaine, nous reviendrons à la place Faidherbe. Quels sont les moments forts de ces onze premières éditions ? C'est un sentiment personnel. J'ai beaucoup aimé, en 95, la soirée avec Marco Turnett, la prestation d'Elvin Jones et Jazz Machine en 96, Abdoulaye Ibrahim en 2000, David Miller en 2001. L'année dernière, Donald Brown m'a beaucoup séduit. Pour cette édition, j'ai été ébloui par le trio suisse Banz-orter-Rohrer. J'aime beaucoup les trios. Les Saint-Louisiens reprochent au Festival, depuis sa délocalisation de la place Faidherbe au Quais des Arts , d'avoir perdu son caractère festif, un état dû, vous l'avez souligné, à des problèmes économiques. Justement, qu'est-ce qui a motivé ces ennuis financiers ? Vous savez, on ne peut pas dépenser plus qu'on en a. Les partenaires te disent souvent qu'ils vont te subventionner. Et toi, tu prends des engagements et à la dernière minute, ils se retirent. Tu te retrouves donc confronté à des problèmes. De plus, l'ancien Président Abdou Diouf, qui est aujourd'hui Président de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), mettait à notre disposition son avion présidentiel. Cela nous permettait de réduire les coûts en faisant venir les artistes, les techniciens et du matériel de sonorisation. C'est à partir de 2000 que les difficultés ont véritablement commencé. Nous n'avions plus l'avion présidentiel et les festivaliers devenaient de plus en plus exigeants. Donc, il faut maintenir le plateau au même niveau. C'est pourquoi, on a eu des difficultés. Les artistes plasticiens du Sénégal, que je remercie, nous ont beaucoup aidés en mettant à notre disposition des oeuvres de qualité que nous essayons de vendre pour éponger un peu les créances. Mais, il semble que l'Union Européenne vous aurait lâché parce que le festival ne se consacrait plus uniquement au Jazz... Nous sommes autonomes en terme de programmation artistique. L'association est souveraine dans ce domaine. Nous avions conclu avec l'Union Européenne un programme de trois ans qui s'est achevé en 2002. Il s'agit du 8ème FED (Fonds européen pour le développement). Le 9ème n'est pas encore signé. C'est la raison pour laquelle, l'Union Européenne, je pense, n'est pas présente. Car c'est sur ce programme que le festival est financé. Mais je suis à peu près sûr que l'année prochaine, quand le programme sera signé entre l'Union Européenne et le Sénégal sur le neuvième FED, cette institution sera partenaire du Festival en 2005. Combien de francs nécessite un tel Festival ? Il y a un budget. Si on évalue les échanges marchandises avec les compagnies aériennes, il tourne autour de 100 (cent) millions de francs CFA. Après douze éditions de ce festival, pensez-vous que le Jazz a encore un bel avenir en Afrique face à la concurrence des folklores et autres rythmes urbains ? J'y crois, puisque des Festivals de Jazz se créent. Celui de Guinée va avoir lieu bientôt (ndlr : du 27 au 30 mai). Le Burkina a déjà son festival, «Jazz à Ouaga», de même que le Cap Vert et son «Fesquintal de jazz». Sans oublier celui de Saint-Louis ou encore «Jazz sous le manguier». Je pense donc qu'il y a un avenir pour le Jazz. Nous avons l'ambition pour les années qui viennent de créer une académie de Jazz, de faire de Saint-Louis, le pôle du Jazz en Afrique. Nous avons déjà commencé à donner des cours de piano et de guitare, avec un professeur durant toute l'année. Nous commençons petit à petit mais l'objectif, c'est de créer cette «Académie de Jazz, Aminata Fall», du nom d'une vocaliste bien connue au Sénégal. |