Saint-Louis, un patrimoine menacé

Sud Quotidien - 26 Janvier 2006 - Félix Nzale

L'île de Saint-Louis - comme l'île de Gorée - est en train d'être avalée de toutes parts par les eaux.

Mais le facteur qui émerge comme susceptible de précipiter la disparition de cette partie de la capitale du Nord du Sénégal est sans doute l'écroulement constaté de plusieurs maisons et l'écroulement imminent de plusieurs autres (touchons du bois quand même !). Saint-Louis est une ville charmante. Pour mille et une raisons, je l'adore personnellement. Mais voilà que lorsque je m'y rends et que je me promène à travers certaines artères, je suis toujours habité par une peur psychologique. Peur de voir les bâtiments profondément lézardés et dangereusement penchées sur le côté s'affaisser sur ma tête, sous l'effet de quelque vent violent. Je m'y suis rendu, il y a à peine une semaine, et la femme d'un ami a tenté de me rassurer alors que nous abordions le sujet. Elle m'a assuré qu'en réalité - je résume son propos - les constructions sont hyper solides et que la probabilité qu'elles s'écroulent est résiduelle. Peut-être. Mais ma peur est psychologique, transcendantale par rapport à ma volonté de rester zen. Je ne peux donc qu'éprouver un sentiment de crainteâ-oe


Le bien architectural de Saint-Louis menacé de disparition alors que la ville est inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco ! L'équation n'est pas de tout simple, surtout pour l'Etat du Sénégal qui se heurte, dans sa recherche de solutions, à des inconnues de taille comme l'héritage, les titres fonciers, etc. Maisons et bâtiments tombent mais les proprios - il y en a bien - sont invisibles. Donc personne pour les empêcher de s'écrouler en les réfectionnant en accord avec l'ordre et les valeurs architecturales ayant présidé à l'inscription de Saint-Louis au Patrimoine de l'Unesco. Il est possible aux saint-louisiens de bénéficier d'un appui financier pour réfectionner leurs maisons dans la discipline architecturale définie. Seulement, ils se comptent sur le bout des doigts ceux qui se sont jusqu'ici présentés chez le comptable de la municipalité. De toute évidence, on préfère regarder la ville tomber en ruines.

Quel gâchis alors !

L'Etat ne laissera sûrement pas faire. Fin février-début mars d'ailleurs, une étude technique dont la mise en relief des termes aura impliqué tous les acteurs nous a-t-on dit, sera déposée sur la table des autorités compétentes. Ce dossier qui sera estampillé Plan de sauvegarde de Saint-Louis va contenir un certain nombre de contraintes pour les populations. L'Etat, pour l'instant, reste calme et ne veut pas agir de manière intempestive. Il joue la carte de la sensibilisation et de la conscientisation. Il viendra forcément un jour où il lui faudra être radical. Il n'aura sûrement pas tort.