Conipas à Saint-Louis : Le permis de pêche c’est bien, mais c’est trop cher

Hier, les commis voyageurs du projet d’instauration d’un permis de pêche étaient chez les pêcheurs de la région de Saint-Louis. A l’instar des autres déjà visités, ils sont d’accord pour l’adoption dudit document, mais en déplorent le coût prohibitif

Walfadjri - Mamadou Abdou Ngom - Mardi 30 Août 2005

Oui à l’instauration d’un permis de pêche s’il permet de mettre de l’ordre dans l’exploitation des ressources halieutiques du Sénégal, mais le tarif pour son acquisition est trop élevé. Les pêcheurs de Saint-Louis voguent dans le sillage de leurs collègues des autres ports de pêche qui ont déjà reçu la visite du Conseil national interprofessionnel de la pêche artisanale au Sénégal (Conipas) qui entreprend depuis la semaine dernière une tournée nationale d’explication au sujet de la nouvelle mesure prise par le gouvernement pour une meilleure gestion des richesses halieutiques. Ainsi, hier, le Conipas - organisme constitué de cinq regroupements que sont le Collectif national des pêcheurs artisanaux du Sénégal (Cnps), la Fédération nationale des Gie de pêcheurs (Fenagie-Pêche), la Fédération nationale des mareyeurs du Sénégal (Fenams), l’Union nationale des Gie de mareyeurs du Sénégal (Unagims) et la Fédération nationale des femmes transformatrices et micro-mareyeuses du Sénégal (Fenetrams) - a tenu au Centre de formation et d’échanges des professionnels de la pêche artisanale de Saint-Louis une rencontre sur le thème du permis de pêche à laquelle ont pris part toutes les organisations de pêche de la région - exception faite des organisations féminines de pêche bien qu’ayant été invitées - et le représentant le ministre de l’Economie maritime, Babacar Mbaye.
L’objectif du Conipas à travers de cette rencontre, ainsi que nous l’a révélé son président Daour Gaye, est d’«informer nos membres et de les sensibiliser» à l’importance de l’acquisition du permis de pêche que va instaurer le gouvernement, par souci d’assainir le secteur et de mieux appuyer les acteurs de la filière halieutique. Car tous les participants à la réunion d’hier sont d’accord pour reconnaître que le secteur de la pêche, dont le rôle pivot dans l’économie nationale est avéré, traverse des difficultés de tous ordres et est infesté de gens qui, parce qu’ils ont une ceinture dorée, investissent le secteur en faisant litière des normes qui le régissent. «L’objet de la rencontre est très important, explique le président du Conipas. Pour réglementer la situation il faut des permis de pêche. Il [le secteur de la pêche] est saturé. Des gens qui ont les moyens se procurent des pirogues et les louent n’importe comment ».Toutefois, M. Gaye qui voit en «l’Etat notre premier partenaire», l’exhorte à diminuer le nombre d’accords de pêche passés avec les navires étrangers qui leur ménent une concurrence déloyale.

Après une présentation du code de la pêche faite par le représentant du ministre de l’Economie maritime aux pêcheurs artisanaux présents à la rencontre - modalités d’acquisition du permis de pêche, les sanctions prévues par l’Etat en cas de non-respect du code, la durée de validité du permis de pêche…-, les représentants d’organisations de pêche ont pris la parole. Ils ont presque tous émis un avis favorable l’institution du permis de pêche qu’ils jugent même salutaire, mais souhaiteraient que l’Etat revoit à la baisse les frais d’acquisition jugés prohibitifs . Par exemple, le pêcheur doit payer son permis à 25 000 francs pour les pirogues de 13 à 24 m, 15 000 francs pour celles de 13 à 7 m et 5 000 francs pour la pêche à rame… Les pêcheurs, eux, font des contre-propositions dont la fourchette varierait de 10 000 à 1 000 francs pour les catégories de pirogues considérées.

Donnant leur accord pour contribuer au trésor dans le dessein d’outiller l’Etat pour qu’il puisse leur venir en aide comme il le fait à l’égard du monde rural, les pêcheurs artisanaux et représentants d’organisations de pêche de la région de Saint-Louis ont, dans la foulée, invité le gouvernement à continuer sur la voie du dialogue - dont ils se sont réjouis par ailleurs - matérialisé par les tournées d’explication régionales pour leur faire comprendre l’importance et l’acquisition du permis de pêche, plutôt que d’user de la force, qui va se révéler inopérante.

La rencontre d’hier a servi de tremplin aux pêcheurs de Saint-Louis pour exprimer d’autres doléances ayant trait à la cherté de l’essence et du matériel ainsi que l’inexistence de Saint-Louisiens au sein du comité exécutif du Conipas. Ce qu’ils trouvent d’autant plus aberrant que Saint-Louis est incontournable en matière de pêche au Sénégal.

Au bout du compte, les doléances exprimées et les propositions suggérées par les pêcheurs quant aux frais d’acquisition du permis de pêche par catégorie de pirogue seront portées au plus haut niveau de l’Etat qui, en dernier ressort, tranchera la question lors d’une réunion à laquelle participeront en sus des représentants de l’Etat tous les acteurs de la filière halieutique.