Les ponts à Saint-Louis
Un patrimoine historique en péril

MAMADOU AÏCHA NDIAYE ET A. SEYE - Le Soleil

 

La mobilité urbaine et surtout piétonne connaît des difficultés terribles à l'instar des grandes métropoles du Sénégal. Seulement la spécificité de l'ancienne capitale de l'Afrique Occidentale Française demeure la vieillesse de ces infrastructures et pire les ponts constituent des dangers effarants pour une communauté qui ne sait plus à quel saint se vouer. La résolution de ce problème et l'urgence d'un second pont dans la capitale du Nord est plus qu'une priorité.

A Saint-Louis les ponts représentent un patrimoine à part entière du valeureux legs que nous ont laissés les colons. A hauteur de l’entrée de la ville tricentenaire, un pont métallique en fer surplombe les eaux douces du fleuve Sénégal. C’est le pont Leybar. Nom donné en référence à un village non loin de ce joyau qui date depuis plus d’un siècle. Véritable point de passage des trains, cet accès a été dernièrement entretenu à l’occasion de la visite du Président Guinéen Lansana Conté et de son Excellence Me Abdoulaye Wade au Prytanée Militaire de Saint-louis.

Faidherbe, ou la vieillesse d’un joyau

Le temps de franchir la gare routière, les premières concessions du populeux quartier de Pikine, perdu dans un espace qui depuis des temps immémoriaux devait servir à une restructuration du quartier se perd sous l’ensablement et la vétusté un petit pont qui n’est plus opérationnel, l’édifice qui porte le nom de Abou Diallo. IL était le seul à faire soulager les populations des « cités perdues » lors des inondations de 1994 et 1996. Les traces, et restes des milliers de sacs qui servaient de digue contre l’avancée des crues qui ont empreint l’environnement de ces Pikinois restent toujours visibles lors de notre passage .

Saint Louis est indissociable du pont Faidherbe. Il en constitue le symbole et l’attrait historique. Normal pour une ville d’eau et d’histoire construite par les colonisateurs. Le poumon de la circulation automobile et piétonne des populations de Ndar Guedji est sans nul doute le pont Faidherbe.

L’œuvre métallique est conçue par Gustave Eiffel, composée de 7 Arcs, et long environ de 611 mètres, le pont était destiné, dit-on au Danube et par une erreur administrative est arrivé au Sénégal. Les citadins arpentent ce pont avec élégance et fierté, tandis que les éleveurs de bétail n’hésitent à frotter les cornes de leur s bêtes aux passants qui s’honorent de ce joyau, patrimoine mondial de l’UNESCO.

Une succession d’arcs en aciers qui rappellent éloquemment les hauts et les bas d’une colonisation trop souvent mouvementée. Trait d’union entre le faubourg de Sor et l’île, le pont Faidherbe qui reçoit périodiquement des visites d’experts de contrôle constitue une incontournable passoire pour rallier le lieu (hôtel) où dormait le pilote, Jean Mermoz lors de ces escales aéropostales.

Le pont souffle de sa vieillesse obligeant du coup les autorités locales, administratives à redoubler de vigilance lors des manifestations populaires à Saint-Louis. Depuis belle lurette, des grévistes ou simples marcheurs n’ont pas pris le chemin prisé par les taxis. La rouille, les intempéries, le manque d’éclairage suffisant constituent chaque année des couacs de ce pont en fer. A l’entrée du pont, la rouille accueille les passants. Les poutres rouillées suspendues au vent dénaturent le charme de ce monstre de fer.

Pont Masseck Ndiaye, un danger permanent

Cà et là, des poutres bordant le pont affichent une vieillesse. La rénovation du pont date de cinq ans environ, mais pourtant, à le voir de près, on ne dirait pas. Il est fréquent de passer à pied et d’apercevoir l’eau du fleuve à travers des planches de bois perdues. L’entretien et la maintenance au quotidien de ce patrimoine demeurent des axes de réflexion pour que cet outil vital dans la vie économique régionale et nationale puisse être pris en compte.

Le décor le plus déshonorant et le plus paradoxal est à chercher du côté du pont Masseck Ndiaye anciennement « pont de la Géole ». Ce pont qui porte le nom du père du Maire de Saint-louis croupit sous le poids de l’âge. Les pieds du poids, les passerelles constituent un sérieux danger pour les populations qui n’hésitent pas un seul instant à enjamber les barrières coupées et aiguisées par la rouille, sans compter le mur bâti pour obstruer le passage.

La prière de vendredi mobilise des centaines de personnes à forcer leur destin en passant sur ce pont qui a connu un arrêté préfectoral depuis septembre 2003, à la veille du Magal des deux Raakas. Le pont, l’unique qui dresse un mur recouvert de tessons de bouteilles, est à trouver dans la cité de Ousmane Masseck Ndiaye, un pont qui peut tomber d’un instant à l’autre, si rein n’est fait. Un des adjoints du Maire avait annoncé que le financement pour la construction de ce pont est trouvé, un an après, les écoliers de Samba Ndiémé Sow font face à un danger de plus en plus inquiétant. Des pirogues sans moteurs servent de moyens pour la traversée de ces trois cents mètres moyennant 25 francs le prix. Certaines femmes, de peur de franchir le pont, ou ne pouvant enjamber les barrières, prennent les pirogues. Mais il est loisible de voir des hommes d’âge mûr franchir le pont au mépris des règles de la prudence. Ce qui est plus grave, c’est les parties tordues, où les poutres se sont envolées, les fers rouillés, les barres de tension tordues. Mais les hommes continuent de franchir ce pont.

Guet-Ndar et le pont Moustaph Malick Gaye

Au loin et en parallèle le pont Moustaph Malick Gaye sert de cordon ombilical entre l’île et la langue de Barbarie. Bonjour le monument aux morts, vous êtes aux portes de Guet Ndar, fief des pêcheurs. Ce pont M. M. G. construit en dur bien bétonné, fait une jalousie aux populations de Lodo (Nord) qui espèrent briser le calvaire de la longue traversée jusqu’au niveau de la place Faidherbe. Leurs concessions ne sont distantes du marché et des écoles que de trois cents mètres. Ce pont de Guet Ndar passe pour être le plus sûr pour la plupart des habitants de Saint-Louis.