Richard Bona, chanteur-compositeur de Jazz : «Il devait y avoir des concerts gratuits à Saint-Louis jazz»

Wal Fadjri (Dakar) 7 Mai 2005 Fatou K. Sene

Surnommé le "Sting africain", Richard Bona ce grand bassiste, chanteur et compositeur de jazz vient de gratifier le public saint-louisien et dakarois de ces belles notes de blues. Cette musique, estime-t-il, devait être beaucoup plus ouverte au grand public. Comme cela se fait ailleurs, propose Richard Bona, le festival de Saint Louis jazz devait organiser aussi des concerts gratuits pour la population.

Après sa prestation mercredi dernier 4 mai au Quai des arts à la 13e édition du festival de jazz de Saint-Louis, le plus célèbre Camerounais de New York Richard Bona est à Dakar. Dans le cadre d'une tournée africaine organisée par la coopération française qui le mènera après à Bamako (Mali), Ouagadougou, Bobo Dioulasso (Burkina Faso) et Cotonou (Bénin). Après avoir dénoncé les couacs dans l'organisation du festival de jazz de Saint Louis avant-hier, particulièrement la programmation des artistes, Richard Bona estime que le festival de jazz de Saint-Louis devait être plus populaire.


Ce chanteur, conteur et aussi auteur-compositeur de jazz qui rejette l'idée selon laquelle le jazz est une musique élitiste, réservée à une classe bien donnée, soutient que c'est parce que la masse n'est pas sensibilisée à cette musique. «Si le jazz est joué partout et dans les coins les plus populaires, qu'il ait beaucoup de concerts, les gens vont adhérer à cette genre de musique». Avant d'ajouter que «l'homme vit par rapport à son environnement et il n'y a pas assez de manifestation autour du jazz». Et pour combler ce manque à gagner pense Richard Bona les festivals existants doivent s'ouvrir au grand public. «A côté des concerts payants à Saint Louis jazz comme cela se fait à Montreuil et ailleurs, des concerts gratuits devaient y être organisés pour faire écouter à tous les sonorités du jazz», fait-il savoir. Avant d'ajouter «si on me demandait de jouer dans le village des pêcheurs à Saint Louis, je le ferais avec plaisir». Et cette tâche revient, selon l'artiste, à ses collègues artistes et aux organisateurs.

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Ce Camerounais vivant à New York maintenant se dit tout simplement africain. Pour lui, le jazz appartient à tous. Car cette musique qui est une fusion de plusieurs sensibilités évolue selon les tendances de tout un chacun. «Le sens même du jazz est l'improvisation, c'est une musique où l'on voyage facilement. Chaque musicien dit ce qu'il pense, spontanément et le joue à l'instant même», note Richard Bona qui a commencé à s'adonner à cette musique à l'âge de 15 ans. Il s'appuie sur ses racines africaines pour asseoir son style musical. «Le plus important dans la musique, c'est de rester soi-même», affirme-t-il avec force.

Ce bassiste hors pair qui a commencé avec les instruments traditionnels comme le balafon puis la guitare, a été influencé à ces débuts par de grands jazzmen comme Jaco Pastorius, Weather Report, Randy Weston etc. La position prise en dénonçant la guerre des américains contre l'Irak fait de lui un artiste engagé. «Je dénonce ce qui n'est pas juste dans mes chansons comme la misère, les guerres et J'adhère à des causes humanitaires comme la lutte contre le sida», argumente Richard Bona. Ce dernier qui s'est installé aux Etats-Unis après son passage à Paris dira que la France n'est pas un pays de musique comme aux Etats-Unis, mais plutôt un pays littéraire et poétique. «La culture anglo-saxonne a une vision étrangère, ouverte au monde» fait-il remarquer. Concernant le problème de la société des droits d'auteur qui prévaut dans son pays d'origine le Cameroun, Richard Bona affirme que «les gouvernants africains en général doivent laisser les populations gérer leurs propres affaires». Après son troisième album "Munia Tale" sorti en 2003 où il chante en duo avec Salif Keïta et Kenny Garret, Richard Bona qui chante en douala, anglais et français, prépare son quatrième album. Cet album comportera des sonorités latines, «car il sera enregistré au Brésil», explique l'artiste. Les deux premiers albums de Richard Bona sont respectivement "Scènes from my life" sorti en 1999 et "Reverence" en 2001.