Saint-Louis, une ville d'eau :
trois siècles d'aménagement n'ont pas vaincu le fleuve

Sud Quotidien (Dakar)

12 Mai 2004
Publié sur le web le 12 Mai 2004

Mame Aly KONTE


Saint-Louis et les eaux, c'est comme un long cheminement de plus de trois siècles qui débute en 1633, au moment où les Français qui débarquent sur l'île projettent d'ériger un fort dans la vieille cité de Ndar pour y établir l'un des premiers comptoirs sur la côte ouest-africaine.

Entre l'année 1643 et 1659, au moment où sort de terre le fort qui donnera le nom du roi Louis XIV à la cité paisible des pêcheurs, Saint Louis a vu passer, chaque année les trombes d'eau venues de la crue et des averses issues des sections amont du Sénégal à partir du massif du Fouta Djallon. Comme quoi, les inondations qui secouent la ville ne datent pas d'aujourd'hui, mais ont traversé l'histoire de Saint-Louis.

1633,1643, 1659. Trois dates, trois moments importants pour une ville. Une île. La première île choisie par les Français en 1633 dans l'embouchure du Sénégal ne pouvait être attaquée par surprise par les marines ennemis ou par les bandes de pillards maures, selon les historiens, mais elle était fréquemment inondée en saison de crue. Ainsi, après dix années de réflexion après les Français, ces derniers déménageront sur une île mieux protégée; située à proximité. On est sur le site de Ndar , qui va être baptisé Saint-Louis en l'honneur du roi régnant de France Louis XIV. Nous sommes en 1643. L'île de Saint-Louis, établi au milieu du lit du fleuve Sénégal, aujourd'hui centre de la ville est en effet le site d'un premier fort érigé sur le site actuel de ce qui est devenu Saint-Louis. C'est le début d'un urbanisme à l'européenne au niveau de l'île dont le véritable plan date de l'année 1659, considéré par les spécialistes comme l'année de naissance de Saint-Louis.

Dès le début, le fort est entouré de nombreuses habitations réparties sur l'île au nord et au sud formant deux quartiers distincts. Le nord abritant les musulmans alors dans la partie sud se trouvent les "gourmettes", les africains catholiques. C'est le début d'un urbanisme naissant accéléré par l'augmentation de la population qui met tout de suite en évidence les inconvénients du site choisi à l'origine pour ses qualités défensives. A l'époque, seule une portion de l'île est protégée des hautes eaux lors des crues violentes, moment au cours duquel une bonne partie de l'île est sous les eaux. Ces inondations dégradent les habitations, des maisons en pierres ou en briques dont la reconstruction est nettement plus coûteuse que celle des cases en paille. Les autorités qui veulent corriger ce type de construction sont dès lors amenées à envisager l'assainissement des zones habitées.

A cette époque, l'île reste totalement isolée du continent et ne possède ni cultures ni sources d'eau potable. Ce qui rend les habitants du comptoir dépendants pour leur approvisionnement des accords passés avec les chefs africains installés sur la terre ferme qui leur apportent certains produits et autorisent la circulation des marchandises sur leur territoire. Pour résoudre ces dysfonctionnement au niveau de la ville nouvelle qui prend forme, les autorités envisagent d'étendre le comptoir. C'est ainsi que naîtra sur les rives du fleuve,le faubourg de Sor. Un domaine où l'on pourrait faire des cultures pour nourrir la population naissante de Saint-Louis.

Mais, le premier véritable projet remonte aux années 1800, encouragé par le gouverneur Blanchot qui éclate à l'endroit des souverains locaux certaines terres destinées à accueillir les nouveaux arrivants et le surplus de l'île. Mais, dans un premier temps les habitants de l'île répugnent à s'y installer. Ils jugent ces terres peu fertiles car trop souvent inondées et craignent qu'en y émigrant de pouvoir bénéficier des mêmes avantages que les populations de l'île; par exemple la protection militaire . Le seul établissement dépendant du comptoir est installé hors de l'île et dans le village de pêcheurs africains installés sur la langue de Barbarie.cu le fleuve