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Bamba Dièye s'enchaine
21 juin 2011 : Cheikh Bamba Dièye s'enchaine aux grilles de l'assemblée nationale


 

 

Lettre de Cheikh Bamba DIEYE aux sénégalais

Mes chers compatriotes,

A vous, vont ma révolte, ma profonde consternation, et le peu de minutes dont j’aurai besoin pour exprimer du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, mon indignation.

Aujourd’hui, comme trop de fois déjà, vous verrez les députés de la majorité, faussement fiers et insensibles, droits dans leurs bottes, plus que jamais ivres et dangereux, au service du même funeste dessein : insulter les sacrifices de nos ancêtres et enchaîner légalement la Nation pour la livrer, toute entière, aux désidératas d’un individu qui est en divorce avec la légalité, qui a fini d’ébranler notre patriotisme et notre attachement à notre pays, à ses valeurs, à la République, à la démocratie et surtout dont le but ultime est de nous imposer son successeur. A ce dessein, nous disons NON et nous ferons face !

Dans cet hémicycle, hélas, trop de fois lieu historique du bâillonnement d’un peuple qui n’a pourtant jamais perdu sa dignité : voici que la monarchie cherche à prendre son envol !

Mes chers compatriotes, point n’est besoin d’égrener les détails politiques et juridiques d’un texte qu’aucun républicain ne peut lire sans se pincer le nez tant il pue le despotisme, tant il pue la tyrannie !

Mais laissez moi vous dire que s’il est une évidence et une seule au milieu de notre légitime colère, la voici : parce qu’il envisage la suppression de fait du second tour et rend possible l’élection simultanée d’un vice-président et d’un président avec les suffrages d’un électeur sur quatre, parce qu’il nous plonge dans un flou Constitutionnel qui rend tout possible, ce projet de loi est le contraire de l’idée que je me fais de l’esprit et de la lettre des lois qui doivent nous gouverner.

Je pense que la loi ne doit obéir ni à des intérêts partisans, ni à des intérêts de clan et encore moins à des intérêts de sang. La loi doit être au service de l’intérêt général. La loi doit aller dans le sens de la stabilité de nos Institutions et de la sécurité de notre nation.

Mes chers compatriotes, probablement rien n’empêchera aux députés de la majorité d’avancer, le plus tranquillement du monde et le plus sereinement que leur dicte leur conscience, vers leur si terrible victoire : la prise en otage d’une législation dont vous nous avez fait les esclaves et non les Maîtres.

Cependant, en ce jour grave, en cette heure fatale où les députés de la majorité s’apprêtent à porter le plus brutal des actes qui puisse être opposé aux aspirations de paix et de prospérité de notre Nation, les messages de solidarité des Sénégalaises et des Sénégalais, des jeunes des villes et des campagnes, des Sénégalais de la diaspora et de tous les patriotes de ce pays, suite au geste de refus que j’ai opposé à ce projet de loi, avant-hier, devant les grilles de cette Assemblée, me réconfortent et m’obligent à être à la hauteur de leurs attentes.

Mes chers compatriotes, l’heure n’est plus à la concertation ou à la discussion avec un pouvoir voyou, un pouvoir qui nous agresse et qui veut nous humilier. J’en appelle donc à la désobéissance civile de tous les sénégalais car aucun citoyen n’a le droit de servir un régime corrompu et corrupteur, incompétent et qui nous fait souffrir au plus profond de nous-mêmes.

Au prix de ma vie, s’il devait le falloir, je ne faiblirai pas et je sais que vous aussi vous ne faiblirez pas car, Oui à Sankara notre grand héros Africain, seule la lutte libère !!!

Mes chers compatriotes, les cris de joie des députés de la majorité éclateront et ils danseront, comme toujours, lorsqu’ils auront fini leurs sales besognes. Mais que personne ne s’y trompe ! Ils ne crieront aussi fort que pour mieux cacher la honte de la forfaiture commise, au moins chez celles et ceux parmi eux qui n’en sont pas encore au degré zéro de l’éthique de la responsabilité. Puisque la mienne de responsabilité, m’oblige à leur transmettre les messages de mes concitoyens, je leur dirai ceci : n’ayez pas peur ! N’ayons peur ni du père, surtout pas du fils mais du Saint Esprit !

Dites Non aux marchands d’illusions qui promettent aux enfants de la Nation de récolter des roses en semant des épines.

Je prie pour que Dieu protège le Sénégal, notre Nation, car le plus dur vient seulement de commencer.

Vive le Sénégal !!!

Cheikh Bamba DIEYE

Député du Sénégal

Ticket présidentiel : Acte 1 du projet de dévolution dynastique

Avec le projet de loi portant création d’un ticket présidentiel, Abdoulaye Wade vient de poser le premier jalon de son plan de dévolution dynastique du pouvoir auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. En tout cas, une chose est certaine : le pouvoir libéral exprime, à tort ou à raison, une trouille noire des lendemains de défaite qui sonnent souvent comme des moments tragiques pour les vaincus obligés de se soumettre à la loi d’airain des vainqueurs. Ce sentiment, refoulé dans le subconscient de ceux qui nous dirigent, affleure dans le discours des représentants du régime qui entrevoient, et pour cause, des scénari catastrophes en cas de perte du pouvoir à l’élection présidentielle du 26 février 2012.
Cet état d’esprit ambiant justifie l’activisme débordant du président de la République qui use de tous les moyens possibles et imaginables pour faire aboutir son projet de succession dynastique de façon à sécuriser et à protéger ses propres arrières. Sous toutes les coutures, le projet de loi, soumis à l’examen des députés, jeudi prochain et en procédure d’urgence, paraît pour le moins suspect et même pernicieux en ce qu’il porte les germes d’une violence qui risque de mettre en péril les fondements durables de la paix civile. Contrairement à la précédente disposition, qui organise la succession du président de la République par le président du Sénat où la période intérimaire est fixée à 6 mois, la nouvelle loi dispose : ‘En cas de démission, décès et empêchement définitif, en cours de mandat, le président de la République est remplacé par le vice-président qui prête aussitôt serment devant le Conseil constitutionnel. Le nouveau président nomme un nouveau vice-Président pour remplacer un vice–président’ (qui tire sa légitimité du suffrage universel - souligné par nous).

Le même schéma est appliqué quand il s’agit d’une incapacité qui frapperait le vice–président. Ainsi, le décor est planté pour baliser ‘la route vers le sommet’ pour un homme prédestiné à la fonction présidentielle sans devoir se soumettre à l’épreuve des urnes dont il en a déjà eu un avant goût amer.

Il s’y ajoute que le nouveau projet de loi dispose que la loi sur la parité ne s’applique pas au ticket présidentiel en raison du caractère spécifique de la fonction exécutive. Mais, en quoi la fonction présidentielle est-elle spécifique au point d’être soustraite du champ d’application de la loi sur la parité dans l’accès aux mandats électifs dont le président de la République en est un ? La preuve est alors établie que la loi sur la parité n’était rien d’autre qu’une opération de séduction déployée en direction de la gente féminine considérée seulement comme une masse de manœuvre électorale tout juste bonne pour la casse après usage.

Mais, la plus grande forfaiture, qui constitue la face cachée de l’iceberg, est, sans aucun doute, l’institutionnalisation de la majorité relative de 25 % des suffrages valablement exprimés requise pour être élu au premier tour de l’élection présidentielle. Après avoir bu le calice de la honte jusqu’à la lie, le régime libéral moribond se permet encore de se gausser des Sénégalais en jurant, la main sur le cœur, qu’il ne touchera pas au second tour de l’élection présidentielle déjà vidé de sa substantifique moelle par le projet de loi scélérate. De qui se moque-t-on ? De quelle légitimité pourrait alors se prévaloir un président de la République boudé par 75 % l’électorat, soit un rapport de trois électeurs sur quatre ?

Ainsi, après la suppression du quart bloquant, le président de la République, conscient de la profonde défiance populaire à l’égard de son régime, vient de commettre la grave bourde de faire sauter le dernier rempart de la majorité absolue de 51 % qui, naguère, crédibilisait l’élection présidentielle.

Le projet de loi fait également cas de la modification des dispositions de l’article 27 qui revêt la forme suivante : ‘Le président et le vice-président sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Cette disposition ne peut être modifiée que par loi référendaire.’ De mon point de vue de profane en la matière, cette nouvelle modification semble procéder d’une violation flagrante de la constitution qui dispose, dans l’ancienne mouture de l’article 27 : ‘Le président de la République est élu au suffrage universel pour un mandat de sept ans’. Cette disposition ne peut être modifiée que par voie référendaire.

En tout état de cause, ce projet de loi, cousu de fil blanc, est concocté pour porter au pinacle ‘un Prince héritier’ sans vécu politique dont le seul mérite (s’il en est un) est d’être le fils du deus ex machina. Même le signal fort donné par le ‘Printemps arabe’ qui a sonné le glas des régimes monarcho-républicains ne paraît pas entamer la détermination du président de la République de faire aboutir son projet de succession monarchique qui semble procéder d’un enjeu existentiel.

Les parties politiques, les organisations de la société civile, les organisations démocratiques de masse, les chefs religieux de toutes les obédiences doivent oublier leurs divergences du moment pour organiser, en rangs serrés, une forte résistance pour stopper le cours autoritaire imprimé au pays par Abdoulaye Wade qui fait courir à la nation tout entière le risque d’une ‘gbagbotisation’, dont les graves conséquences seraient de nature à mettre en péril les bases même de la stabilité, de la paix civile et de la cohésion nationale.Si ce n’est déjà tard, le président de la République devrait encore méditer la profonde pensée du Général De Gaulle qui disait : ‘Il vaut mieux partir cinq ans trop tôt que de partir cinq minutes trop tard.’ A bon entendeur ! Salut.

Youssoupha BABOU Adjoint au maire de Mbacké Instituteur principal de classe exceptionnelle Email : youbabou@yahoo.fr


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