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Erosion Langue de Barbarie

L'érosion des côtes de Saint-Louis : une réelle menace

Le littoral de la Grande Côte, au nord du Sénégal, est menacé par l'avancée de la mer depuis plusieurs décennies. Située entre mer et fleuve, la ville de Saint-Louis n'y échappe pas. Inondations, effondrements d'habitations, salinisation des sols, recul des berges... les conséquences de l’érosion marine sont nombreuses et ne cessent d’inquiéter les populations; les gouvernements, chacun à leur tour, ont d'autres préoccupations en tête, autrement plus importantes... Reportage :

Du quartier de Goxxumbacc, à quelques centaines de mètres de la Mauritanie, au village de Taré, limite sud de l'ancienne embouchure, le fleuve Sénégal longe l'océan Atlantique sur environ 25 km. Bande sablonneuse, la Langue de Barbarie sépare ainsi l'océan du delta fluvial. Pris entre deux eaux, ce cordon littoral est situé dans une zone maritime fragile. Entre le réchauffement climatique entrainant la montée des eaux et les inconséquences de l'Homme aggravant la situation, la ville de Saint-Louis, particulièrement sur la Langue de Barbarie, est menacée de disparition.

 

Des habitations délabrées, des hôtels menacés

L'érosion des côtes de Saint-Louis : une réelle menace - Saint-Louis du SénégalQuartiers d'habitations, cimetière musulman, marché aux poissons, hôtels... cette bande de sable a toujours été animée par la vie des Hommes. A Guet N'dar, quartier populeux où de nombreux pêcheurs sont installés, l'avancée de la mer n'est pourtant plus un mirage. Des vagues hautes de cinq mètres voire plus déferlent souvent sur la plage, inondant régulièrement le quartier. La famille Seck habite à quelques mètres de l'océan Atlantique. Leur maison, comme toutes celles situées sur le ‘front de mer‘, est attaquée par les sels marins : les briques de pierre et de ciment sont rongées, la peinture écaillée, l'humidité omniprésente. “Nous sommes fatigués. La mer avance beaucoup et elle nous menace chaque jour. Ici, il y a toute la famille, ce n'est vraiment pas prudent. Nous voulons partir mais nous n'en avons pas les moyens. Les responsables ont promis de nous reloger mais ce sont des menteurs”, relate Cheickhna Seck, l’un des fils, paralysé des deux jambes.

L'érosion des côtes de Saint-Louis : une réelle menace - Saint-Louis du SénégalChercheur spécialiste de la morphologie du littoral, André Guilcher a écrit, dans un rapport de mission d'aménagement du territoire, que la “largeur de la Langue dans l’axe du Pont Servatius est passée de 292 m en 1856 à 170 m en 1926”. Voyant l'océan prendre du terrain, les Anciens avaient érigé un mur de protection pour lutter contre l'érosion côtière. Aujourd'hui, il n'en reste presque  rien, plus de la moitié du mur étant enseveli sous le sable. Quant à l'océan, lui, il continue de gagner du terrain, détruisant au passage des habitations, sans que personne ne bouge le petit doigt pour réagir. En mars 2003, à Goxxumbacc, ce sont une vingtaine de maisons qui se sont écroulées à cause de la force des vagues. A cette époque, la mairie avait recommandé de couper l'électricité et de déplacer les populations. Depuis, adultes et enfants survivent toujours sur ce lieu menacé.

 

Disparition de la Langue de Barbarie dans 25 ans ?

Magueye Siby, habitant du quartier de Ndar Toute depuis 30 ans, est touché par ce ‘phénomène naturel’ qui engloutit les terres de son enfance. “ Avant, nos grands-parents prenaient la calèche pour rejoindre nos maisons et à mon époque, il y avait trois terrains de football devant nous. Aujourd'hui, tout est recouvert par l'océan et nos maisons ne sont plus qu'à quelques mètres” des vagues, regrette-t-il. Faisant partie de la Commission chargée de l'environnement du quartier, il raconte que lors des conseils, des projets pour faire face à l'érosion côtière sont soulevés. “ On a eu des projets de reboisement de filaos ou encore de sensibilisation. Disparition de la Langue de Barbarie dans 25 ans ? Aujourd'hui, il y a une meilleure prise de conscience de ce phénomène. A l'époque, les gens venaient prendre le sable de la plage pour construire leurs maisons; maintenant, ils n'osent plus”, explique-il. Ayant participé à de nombreux forums sur les changements climatiques, il confie : “ Il y a quelques années de cela, un expert a dit que si l'on ne faisait rien, la Langue de Barbarie disparaitrait dans 25 ans. Ce jour-là, j'en ai eu les larmes aux yeux”.

Que faire alors contre les forces de la Nature ? “ Il faut s'adapter ou atténuer les dégâts. Soit on construit un ouvrage de protection qui coûtera des milliards; soit on déplace les populations et on construit les infrastructures nécessaires”, confirme Cheick Tidiane Wade, assistant technique des changements climatiques. Depuis décembre 2010, en partenariat avec ONU Habitat, des ateliers sont organisés pour former des jeunes de différents quartiers aux changements climatiques afin qu'ils réfléchissent comment la ville de Saint-Louis pourrait s’adapter à ces contraintes de plus en plus pressantes. Cent cinquante logements sociaux seraient en cours de construction pour accueillir les populations déplacées de Guet N'dar. Des logements qui tarderaient à être achevés, de toute manière en quantité insuffisante.

En attendant (un miracle ?), l'océan continue de gagner du terrain et de détruire les habitations de familles sans moyens,  presque résignées à affronter de nouvelles inondations et de nouveaux dégâts.

Disparition de la Langue de Barbarie dans 25 ans ?

Doun Baba Dieye, l'île ruinée
Doun Baba Dieye, l'île ruinée

 

Doun Baba Dieye, l'île ruinée

Suite à l'inondation qui a submergé la ville de Mame Coumba Bang en 2003, le gouvernement d’Abdoulaye Wade avait décidé d'ouvrir une brèche de 2 mètres dans la langue de Barbarie afin de faciliter, croyait-il, l’évacuation des eaux de crue. Une solution prise dans la précipitation qui aujourd'hui a des conséquences dramatiques sur les écosystèmes - et la vie des Hommes. Neuf ans après cette initiative plus politicienne que scientifique, l’ouverture atteint désormais près de 2 kilomètres, et l'océan s'invite dans les eaux du fleuve Sénégal. Première victime de cette aberration humaine ? L'île de Doun Baba Dieye, située juste en face de la fameuse brèche. L'île a aujourd'hui disparu de moitié. Là-bas, tout est en ruine et les habitations délabrées font peine à voir.  En face de ces maisons et dans l‘eau, un réservoir bétonné d'eau douce a été englouti par le fleuve. Ce bassin, situé avant 2003 au milieu de l'île, servait à alimenter les populations nombreuses de Doun Baba Dieye. “ Avant la brèche, c’est vrai qu’on avait des inondations à cause des crues des eaux du delta mais l'ouverture dans la Langue a accéléré la disparation des terres”, explique le fils du chef de village, Abdoulaye Diagne. L'eau a maintenant remplacé les terres agricoles. Carottes, choux, navets, pastèques, tomates... les terres étaient alors productives et ces productions maraichères enrichissaient les populations. Avec la salinisation des terres, seules les légumes et quelques fruits d'hivernage (la mousson, ndlr.) sont cultivables sur l'île. D’impressionnants tas de coquilles vides d'huîtres de palétuviers témoignent de l‘importance des mangroves avoisinantes, elles-mêmes menacées de disparition, baignant dès lors dans des eaux trop longtemps salées. Chassés par l'eau et sans activités rémunératrices, trente-quatre chefs de famille sur soixante-quatorze ont quitté le village sans attendre l'aide du gouvernement qui leur a promis des terres… depuis 2005. L'école, âme d'un village, n'abrite que quatre classes complétement délabrées. Les enfants n'ont cours que deux fois par semaine, traînant le reste du temps sur la plage, désœuvrés. “Chaque mois, nous sommes en danger à cause des grandes marées. Des logements avaient été prévus pour la Tabaski mais ce n'est toujours pas terminé ! On est obligé de trouver des solutions, seuls, on n'attend plus rien du gouvernement”, termine le fils du chef du village, lucide.


 

L'inquiétude des hôteliers de la Langue de Barbarie

L'érosion des côtes de Saint-Louis : une réelle menace - Saint-Louis du SénégalSur la photo ci contre on distingue la dune entre la plage et la campement Océan et Savane (avec la végétation rampante). Cette dune protège la campement de la mer. Or cette dune a été rongée de moitié par rapport à l'image .

Encore 17m, la mer arrivera dans le restaurant…

Muriel Bancal, propriétaire du campement nous explique que "cette dune a été rongée par la mer (grandes marées d’équinoxe, doublées de pleine lune). En un mois (juin 2011), les vagues ont érodé la dune de 17m. Puis la mer s’est retirée, découvrant une demi dune, comme un palier". De même, la mer est passée par-dessus la langue, à 800m au nord du campement Océan et Savane et à 300m au sud du campement El Faro. D'après les renseignements que Muriel Bancal a pu obtenir, nous sommes actuellement dans un cycle, qui durerait jusqu’en 2013, où les marées sont de plus en plus fortes. Après cela, les marées iront en diminuant d'intensité pour une nouvelle période d'environ 7 ans.

Et l'embouchure...

L'érosion des côtes de Saint-Louis : une réelle menace - Saint-Louis du Sénégal"L’embouchure, aussi, arrive vers nous, par le nord. Elle se déplace vers le sud, comme depuis toujours, d'environ 300m par an. Nous sommes sur son passage." Nous explique Mme Bancal fataliste. "Nous avons toujours été au courant que cette zone était fragile, nous nous y sommes installés en toute connaissance de cause." Cependant, Mme Bancal ajoute ; "à l’époque, l’embouchure était stabilisée à 15km au sud du campement et ne risquait pas nous passer dessus. C’est l’ouverture de la brèche en 2003. Devenue une embouchure, qui a perturbé l’équilibre de la Langue de Barbarie. On voit des arbres, que la coopération allemande a planté durant des décennies, tomber à l’eau et se faire emporter comme des fétus de paille… Rien n’arrête l’eau, la force du courant…"

 

Texte : Rozenn Le Roux. Photos : Laurent Gerrer, Rozenn Le Roux, Eddy Graëff.


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