Tous les ans, en période de mousson, un certain nombre d'espèces d'oiseaux migre dans la région de Saint-Louis. De mai à février, il suffit de lever les yeux au ciel pour apercevoir balbuzards, chevaliers ou encore guêpiers à gorge blanche.
En ce début d'octobre, de nombreux oiseaux du Nord du Sahara (du Maghreb jusqu'au Groënland) ont rejoint dans la région de Saint-Louis les oiseaux qui étaient remontés des pays du Golfe de Guinée avec la mousson et s'apprêtent à y retourner. Ceux du Nord y vont passer « l'hiver », ceux du Sud y ont passé « l'été » ; d'autres ne feront halte dans notre région qu'une après-midi ou quelques jours avant de continuer leur route. Ainsi, sur les 412 espèces présentes dans le Nord du Sénégal, 165 d'entre elles sont des hivernants : jusqu'à 3 millions de ces oiseaux peuvent ainsi se retrouver dans le delta du fleuve Sénégal ! Avec la bergeronnette printanière, l'hirondelle de rivage est l'espèce migratrice la plus abondante : jusqu'à 2 millions d'individus viennent pour “l'hiver” dans notre delta.

La migration paléarctique en période de mousson
De fin juillet à début novembre a lieu la migration des espèces du Nord du Sahara (Paléarctique) : c'est la migration post-nuptiale. Oiseaux d'eau, limicoles, rapaces et laridés retrouvent des conditions favorables entre la Mauritanie et l'Afrique du Sud. Dans la région du Sahel, trois sites principaux leur sont bénéfiques : le lac Tchad, le delta intérieur du fleuve Niger au Mali et le delta du fleuve Sénégal.
Frédéric Bacuez, ornithologue, explique : « Le départ des oiseaux d'Europe est lié à la raréfaction rapide des insectes dès la fin juillet. Par contre, sous les Tropiques, du fait des pluies de la mousson, les insectes deviennent de plus en plus nombreux au même moment ». Lors de cette migration aller, les oiseaux du Nord du Sahara viennent tout simplement se nourrir dans de meilleures conditions. Des spécialistes ont ainsi remarqué que lorsque la période des moussons est sèche au Sahel, la natalité de ces oiseaux, de retour en Europe, devient beaucoup plus faible.
Migration intra-africaine : de mai à novembre
Moins connue, une autre migration d'oiseaux intervient entre mai et juin, dans la région de Saint-Louis : c'est la migration intra-africaine, qui fait remonter sur les confins sahélo-sahariens des espèces qui fréquentent le reste de l'année des savanes très boisées ou les forêts du Golfe. Du coucou didric au calao à bec noir, en passant par le guêpier à gorge blanche, ces espèces suivent le flux sud-nord de la mousson pour venir pondre et se nourrir dans un Sahel bientôt reverdi. « D'ailleurs, dans certains pays du Sahel, les paysans savent que la mousson va démarrer quand ils voient ces oiseaux ou entendent leurs cris », relate le fondateur du site Ornithondar. Ces oiseaux repartiront ensuite fin octobre - début novembre, à la fin de la mousson.
Contrairement à ces oiseaux qui passeront quelques mois à Saint-Louis pour “l'hiver” ou pour “l'été”, d'autres espèces ne survoleront le delta qu'une après-midi ou que quelques jours. C'est le cas du gobe-mouche noir que l'on pourrait rencontrer en grand nombre qu'une après-midi ou que quelques jours, le temps de se reprendre après sa traversée du Sahara et avant de continuer sa route plus au sud. « On reste toujours surpris par la rapidité que mettent certains oiseaux pour atteindre leurs lieux d'hivernage. Certaines espèces font tout le trajet d'une traite, comme le courlis corlieu qui, après avoir quitté le Groënland parfois dès fin juin, ne se pose pas avant d'atteindre le fleuve Sénégal. Ce limicole est d'ailleurs considéré comme le premier arrivant du Paléarctique dans notre région », raconte l'ornithologue. Bagué en Angleterre, un balbuzard pêcheur suivi par satellite a mis cette année tout juste 15 jours pour faire sa migration d'automne : parti le 2 septembre du Ruthland (Grande-Bretagne), le rapace est arrivé le 17 septembre au soir sur la Grande Côte au sud de Lompoul (Sénégal).
Le parc national du Djoudj : principal lieu d'hivernage du phragmite aquatique
Certains oiseaux se faisant rares ou sauvés in extremis sont particulièrement suivis par les ornithologues comme la cigogne noire, la spatule d'Europe ou encore le circaète Jean-Le-Blanc. Ainsi, sur 12 espèces inscrites sur la liste rouge des oiseaux menacés, quatre sont vulnérables et huit bientôt en danger. “Il y a trois ans, le phragmite aquatique, passereau le plus rare d'Europe, a été découvert en nombre dans le parc national du Djoudj. Cet endroit est probablement son principal site d'hivernage au monde”, explique Frédéric Bacuez. Difficile en tout cas de connaître exactement tous les lieux d'hivernage des espèces car “ chaque espèce est un cas particulier et dans les généralités, il n'y a que des exceptions”.
Dans tous les cas, si vous êtes résident ou simplement de passage dans la région du Sahel, observez bien la nature autour de vous, des arbres au ciel, pour apercevoir ces espèces migratrices avant qu'elles ne repartent dans leurs milieux d'origine.
Texte Rozenn Le Roux. Photos Frédéric Bacuez, ornithondar : http://ornithondar.blogspot.com/
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