| Bras
de fer direction-personnel de l'hôpital de Saint-Louis
: La situation vire au "service minimum"
Mardi
07 Novembre 2006 - Walfadjri
Propos recueillis par G. BARBIER

Les
contentieux qui opposent la direction de l'hôpital
régional de Saint-Louis et le personnel soignant ne
sont toujours pas vidés. Les différentes rencontres,
conciliabules et autres négociations n'ont pas permis
d'y trouver des solutions. Les revendications tournent autour
du relèvement du plateau technique et des questions
relatives aux primes, indemnités et autres salaires.
La
tension reste vive à l'hôpital de Saint-Louis. A
cause du bras de fer qui continue d'y opposer la direction et
le personnel. Si, malgré ce bras de fer, les populations
saint-louisiennes ont pu, jusque-là, se faire soigner
correctement, tel n'est plus le cas depuis que le collectif a
décrété le ‘service minimum’.
Mais ce ‘service minimum’ qui consiste à limiter
le nombre de patients à prendre en charge par jour, commence à perturber
le bon fonctionnement du Chr de la capitale du Nord. Aussi, il
n'est pas rare de voir des malades qui, après avoir fait
la queue dès les premières heures de la matinée,
sont obligés d'attendre le lendemain pour espérer
se faire consulter. ‘On a bouclé la liste pour aujourd'hui,
essayez de revenir demain’, leur sert-on généralement.
Prenant leur mal en patience, les malades saint-louisiens qui
ne savent plus à quel toubib se fier, repartent ainsi,
la mort dans l'âme.
Pour sa part, le directeur évoque des difficultés
de trésorerie. Le colonel Babacar Ngom qui dit compter sur
la coopération décentralisée et sur un appui
plus conséquent de l'Etat, en appelle au sens de la responsabilité des
médecins, à qui il promet des lendemains enchanteurs).
En
attendant la réaction des autorités que les Saint-Louisiens
appellent de tous leurs vœux, les populations paient un
lourd tribut et continuent de subir les conséquences désastreuses
de ce dialogue de sourds entre le directeur et son personnel.
De plus en plus, des voix s'élèvent à Saint-Louis,
pour exiger la résolution définitive de ce différend
qui, selon nos interlocuteurs, n'a que trop duré.
Le
personnel de l'hôpital régional de Saint-Louis observe,
depuis des mois, une grève de zèle qui paralyse
la structure hospitalière. Entre autres raisons ayant
mené à cette grève, d'après les termes
du mémorandum que les médecins du Chr de Saint-Louis
ont remis au président du conseil d'administration de
la structure hospitalière et dont nous avons eu copie,
figurent en bonne place l'amélioration des conditions
de travail et l'ouverture de négociations. Dans cette
missive, ils ont surtout évoqué ‘les dysfonctionnements
auxquels nous sommes quotidiennement confrontés dans la
prise en charge des malades pour ce qui est du diagnostic et
du traitement. Ces difficultés sont d'ordre technique
et social et ont été maintes fois posées
comme en attestent les multiples Pv de réunion, mais hélas
jamais résolues’.
Les
toubibs de l'hôpital de Saint-Louis ont aussi écrit
qu'‘au niveau des services d'aide au diagnostic notamment
le laboratoire, il ne se passe pas une semaine sans qu'on nous
dise que tel ou tel examen (Nfs, ionogramme sanguin, groupage...)
n'est pas réalisable faute de réactifs. Au niveau
de la pharmacie, nous notons une pénurie chronique de
produits d'usage courant avec immixtion fréquente de l'administration
dans les commandes, ce qui pose problème pour la spécification
des produits. Au niveau du bloc opératoire et de la salle
d'accouchement, les scialytiques ne fonctionnent pas et le personnel
qualifié (infirmiers, techniciens anesythésistes)
est insuffisant. Il n'y a qu'un seul appareil d'anesthésie
qui fonctionne correctement pour six salles d'opération’.
Dans
son mémorandum, le collectif des médecins fait
aussi remarquer qu'‘au niveau des services de soins (urgences
centralisées, pédiatrie), les praticiens sont souvent
confrontés à un manque de fils de suture, de gants
d'examen. Il n'y a pas de réfrigérateur pour la
conservation des produits. Le service d'urgences centralisées
est infesté de moustiques, occasionnant des cas de paludisme
aux malades qui y séjournent et au personnel. L'ambulance
est très souvent indisponible car utilisée pour
des tâches ‘extra médicales’. Les médecins
de garde, du fait de l'absence de portables ’codés’,
ont toutes les peines du monde à communiquer avec l'hôpital’.
En
outre, les membres du collectif qui ‘ont décrit
un tableau non exhaustif de la situation au niveau du Chr de
Saint-Louis, exigent d'être traités, financièrement,
sur le même pied que nos collègues officiant dans
les hôpitaux publics sénégalais régis
par la réforme hospitalière. Une indemnité conséquente
pour chaque médecin avec paiement mensuel, la régularisation
dans les meilleurs délais des salaires avec rappel des
arriérés dus aux praticiens contractuels étant
entendu que les hôpitaux du Sénégal ont régularisé leurs
agents depuis l'entrée en vigueur de la mesure, le relèvement
de la prime d'astreinte, de garde, de logements et le paiement
régulier des ristournes du guichet particulier et de la
clinique polyvalente’.
Colonel
Babacar NGOM, Directeur de l'hôpital régional de
Saint-Louis : ‘Les tensions existent parce qu'il n'y a
pas assez de moyens’
Wal
Fadjri : Depuis mois ans, l'hôpital régional de
Saint-Louis est en proie à des tensions internes. Pourquoi
?
Colonel
Babacar Ngom : Comme tout établissement du genre, que
ce soit aux Etats-Unis, en France ou au Sénégal,
c'est la même chose. Un hôpital, c'est très
dispendieux, c'est des moyens lourds qu'il faut sortir. Et comme
nous gérons la rareté des moyens au Sénégal,
il arrive, souvent, que nous ne puissions pas répondre
aux attentes des médecins. C'est inhérent à toute
structure. Même dans nos maisons, nous n'avons pas les
moyens de toujours faire ce que nous devons faire. Il faut faire
avec.
Wal
Fadjri : Et depuis, qu'avez-vous fait à votre niveau ?
Colonel
Babacar Ngom : Nous avons d'abord un projet d'établissement
que tout le monde nous envie. C'est le premier du genre dans
le système depuis la réforme. Malheureusement,
ce projet d'établissement qui se montait à 4 milliards
de francs Cfa dans sa partie investissement, n'a été financé qu'à hauteur
de 48 %. On attendait l'appui des bailleurs stratégiques
pour nous aider à monter en puissance. Mais ces bailleurs
ne sont finalement pas arrivés. Il n'y a que la coopération
française et l'Union européenne qui nous ont aidés à faire
ce que nous avons pu faire, en plus des efforts faits par l'hôpital.
Le reste n'est possible qu'avec l'appui d'un bailleur stratégique.
Ni nos moyens, ni ceux de la région ou de l'Etat ne peuvent
suffire à monter ce projet d'établissement. Saint-Louis
a un petit problème, car aucun bailleur ne veut se positionner,
du fait des liens historiques que la ville a avec la France.
Nous essayons de faire avec et jouons sur la coopération
décentralisée pour monter en puissance. Tout cela
fait que nous avons, à l'hôpital, un matériel
vieux d'au moins vingt ans. Il faut trouver les moyens de remplacer
ce matériel et c'est une angoisse que vit le personnel
de l'hôpital.
Wal
Fadjri : Le personnel exige, entre autres, l'amélioration
du plateau technique et la revalorisation des salaires et autres
indemnités. Qu'est-ce-que vous comptez faire à ce
niveau ?
Colonel
Babacar Ngom : Le problème des indemnités a été réglé et
nos agents ne sont pas les plus malheureux dans le système.
Le gros problème, à mon avis, c'est le matériel.
Il est vétuste. Il y a une partie du matériel qui
est vétuste. Récemment, le président du
conseil régional, par ailleurs, le Pca de l'hôpital,
a porté cette affaire à l'attention du ministre
de la Santé qui a promis d'aider l'hôpital de Saint-Louis à résoudre
quelques problèmes ponctuels. Dans sa partie subvention
et exploitation, l'hôpital a un problème, car la
subvention qui lui est allouée, est faible. Tout cela
a été porté à l'attention du ministre
de la Santé qui a promis de le régler. Il faut
que les médecins soient patients car, avec ces garanties,
nous pouvons voir venir.
Wal
Fadjri : En tant que directeur du Chr de Saint-Louis, quelles
sont les actions immédiates que vous comptez entreprendre
pour que les relations entre le personnel et la direction soient
au beau fixe ?
Colonel
Babacar Ngom : Toutes ces tensions sont consécutives aux
problèmes de moyens auxquels l'hôpital est confronté.
La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a.
Moi, je ne peux pas donner quelque chose que je n'ai pas. Et
je rappelle toujours aux médecins que c'est dans la croissance
que tout est possible. Travaillons, produisons, faisons des résultats
d'abord avant de demander à partager. Pour parler de l'équipement
de l'hôpital, nous avons l'insigne honneur de recevoir
le Pr Etienne Tissot de Lyon. Le Pr Tissot est le président
des présidents des Cme de Rhône Alpes. Il est à la
tête de près de seize hôpitaux. Il dirige
quatre mille médecins. Il a été commis par
la région Rhône Alpes en mission d'audit pour noter
l'expression des besoins de l'hôpital régional de
Saint-Louis en vue de nous aider à régler quelques
problèmes basiques comme du matériel dont Rhône
Alpes nous facilitera, peut-être, l'acquisition. Pour ce
qui est du climat social, tenant compte de toutes ces contraintes
citées plus haut, nous négocions, nous cherchons à expliquer.
Et nous allons essayer de régler les problèmes,
y compris ceux afférant à la clinique polyvalente.
A ce niveau, nous ristournons quand même 20 % de l'activité cette
clinique. Idem au niveau des urgences où, à chaque
fois qu'un médecin descend, nous lui donnons 10 000 F
de prime de garde. La liste n'est pas exhaustive. Mais tout ne
peut pas être rose.
Wal
Fadjri : Qu'attendez-vous, à présent, des autorités
gouvernementales ?
Colonel
Babacar Ngom : Nous espérons que, enfin, le niveau central
va revoir à la hausse la subvention qui est allouée à l'hôpital
de Saint-Louis. D'autant plus que nous passons à un centre
hospitalier régional et universitaire qui sera le premier
du genre au Sénégal. Un hôpital où on
pratique un tarif de 1 000 F, 2 000 F par jour d'hospitalisation.
D'ailleurs, le ministre me demandait l'autre fois : ‘Mais
colonel, où est-ce-que vous tirez les moyens pour faire
fonctionner cet hospital ?’ Je me demande moi-même
comment je fais. C'est difficile parce que la subvention est
faible.
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