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Zoumba, un artiste saint-louisien très occupé
Jeudi 9 novembre 2011 - Saint-Louis du Sénégal

Pape Samba Sow, de son nom de scène Zoumba, enflamme depuis des années avec sa compagnie les planches des théâtres sénégalais et étrangers. Humoriste au grand cœur, ce saint-louisien est tout à la fois enseignant, activiste des droits de l'Homme et coordinateur de la Maison d'encadrement et de réinsertion des enfants de la rue (MERERUE).Zoumba artiste saint louis senegal
                      

Au soir de ce mercredi 26 octobre, répétition musicale chez Zoumba, à la villa « Hana Geroldova », près de l'école de Darou. Habillée de ses costumes de scène, la compagnie Zoumba est au complet, les instruments de musique en place: la répétition peut commencer ! C'est le balafoniste, Lamine Kanoute, qui donne la première note. Mélodica, djembé, guitare, karkup et tchoung s'entremêlent ensuite harmonieusement. Des poèmes, signés Zoumba, sont déclamés au rhythme d’une musique lente évoluant vers des sonorités africaines entraînantes; la répétition bat son plein lorsque de jeunes danseuses s'enflamment sur la piste...
Créée en juillet 2008, la compagnie Zoumba se produit dans les bars, les restaurants, les hôtels, quand elle n’accompagne pas Zoumba dans ses tournées. Entre danses, musiques, chants, crachats de feu, ces artistes séduisent les spectateurs tant par leur professionnalisme que par leur polyvalence. Toutes les créations artistiques que la joyeuse troupe produit sont à l'image du fondateur de la compagnie, Zoumba : entre nostalgie et « bégué » - la joie de vivre !

 

Un extrait de “Rêve de France” dans un documentaire de Philippe Lafaix

Comédien, écrivain, musicien et aussi conteur, Zoumba est un artiste multidimensionnel. Pourtant, bien qu'il se produit pour des one-man-show à l'étranger depuis 2007, ce saint-louisien s’accepte ainsi depuis un an. « Je sens quelque chose de fort, d’inexplicable qui m'habite. Quelque chose que je ne ressentais pas avant ». Parmi toutes ses pratiques, sa passion première ? Le théâtre.Zoumba, un artiste saint-louisien très occupé « C'est pour moi un art majeur. J'ai appris le théâtre et la mise en scène au Conservatoire national de musique, de danse, et d'art dramatique de Dakar. Je suis même sorti major de la 14ème promotion des animateurs culturels ! », se souvient-il, sans fausse modestie. Aujourd'hui, c'est lui qui enseigne le théâtre aux jeunes Sénégalais de Ndar, qui leur apprend à poser leurs voix, à se déplacer sur les planches...

 

Sur scène, Zoumba enchante le public, qu'il soit d’ici ou d‘ailleurs. Sa pièce « Superstitions » a d'ailleurs connu un vif succès au Maroc, lors du Festival international des nuits du conte, ainsi que tout récemment en Gambie, à l'Alliance française de Banjul. « Dans cette pièce, que j'ai écrite, je décris les croyances des uns et des autres. Je raille des superstitions tant africaines qu'occidentales comme, par exemple, la peur du vendredi 13”, explique-t-il. Même estime internationale pour “Rêve de France”, une pièce sur l'immigration clandestine et sur la Négritude, où le comédien joue avec la sculpture d'une femme africaine, appelée Yague. “ Cette statue est ma première épouse (rires). Elle me suit depuis le début de mes spectacles à l'étranger. Si elle tombe, cela me fait vraiment mal au coeur”. Il se lève de sa chaise et joue un passage de sa pièce, caressant délicatement le corps de la jeune femme d’ébène... Avant même le succès de “Rêve de France”, Zoumba en avait joué un extrait  dans le documentaire “A la recherche de Lamine Gaye” de Philippe Lafaix, réalisateur français.

 

 

L'école MERERUE  : la grande fierté de Zoumba

Entre poèmes, pièces de théâtre, romans et essais, Zoumba a baigné très tôt dans l'écriture. Sa mère, Amina Sow Mbaye, auteur du roman “Mademoiselle”, lui a transmis sa passion dès son plus jeune âge. “ Ma mère, directrice d'école et écrivain, m'a formé à la langue française. Elle me faisait lire ses écrits en premier car elle avait confiance en moi. Pour moi, ma mère est vraiment une sainte”, confie-t-il. Il a même écrit un essai sur le roman de sa mère, afin de lui rendre hommage. L'inspiration de ses textes ? Il la tire du quotidien, de ses expériences, de ses voyages, de ce qu'il observe autour de lui... Comme sa prochaine pièce, une future “fresque des Droits de l'Homme”, qui portera sur la possible disparition du village et de l’île de Doune Baba Diéye, face à la nouvelle brèche ouverte dans la Langue de Barbarie en 2003, où l'auteur souhaiterait plus d’engagement pour ce drame imminent et pour l'avenir de ses habitants. L'artiste nous avoue également des rapports complices avec la plasticienne Soukeina Khalil, qui est devenue progressivement sa muse. On comprend alors aisément son soudain élan vers la poésie.

Sa plus grande fierté ? L'ouverture de l'école communautaire MERERUE, créée par l’Association des femmes et jeunes de la diaspora pour le développement socioéducatif et agricole de l’Afrique (AFDEAA) de Saint-Louis dont il est le coordinateur régional. “ En 2004, on a décidé d'offrir cette école qu'on a construite de nos propres mains. C'est ma mère, aujourd'hui directrice de l'école, qui a offert le terrain pour cette construction. Au départ, il n'y avait seulement que 30 enfants; aujourd'hui, il y en a 100”, explique Zoumba. D'ailleurs, dès que la compagnie Zoumba joue, 10% des recettes reviennent à l'école communautaire. “ Quand je joue seul, ce sont 25% des recettes que je verse à l'école, c'est d'ailleurs écrit dans tous mes contrats. Je suis très heureux de le faire et de pouvoir aider ces enfants de la rue”.

Décoré du Prix « Valise 350 » par la Ville lors de la cérémonie-anniversaire des 350 ans de Saint-Louis-du-Sénégal, Zoumba est aujourd'hui un authentique ambassadeur de la culture saint-louisienne. Maroc, Gambie, Pays-Bas, France... l'artiste véhicule à travers le monde les danses, le théâtre et la musique traditionnelle de la vieille cité deltaïque, remportant à chaque fois un grand succès bien mérité.

Texte Rozenn Le Roux. Photos Rozenn Le Roux et Eddy Graëff

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Saint-Louis du Sénégal
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