battlink siki photoLouis Fall « Battling Siki » naît en septembre 1897, à St-Louis au Sénégal. Arrivé en France au début de l’adolescence, (selon la rumeur en tant que domestique d’une actrice française qui l’avait pris à son service), il commence à gagner sa vie de façon indépendante en faisant la vaisselle, puis démarre dans le monde la boxe à l’âge de 15 ans. De 1912 à 1914, il livre 16 combats (8 victoires, 6 nuls, 2 défaites). Sa carrière est interrompue par la première guerre mondiale. Incorporé comme soldat, Siki est décoré de la croix de guerre et reçoit la médaille militaire.

Il reprend sa carrière en 1919, et enchaîne 43 victoires, 2 nuls et 1 défaite (au 15è round contre Tom Berry à Rotterdam) en 46 rencontres au cours des 4 années suivantes. François Deschamps, le manager du champion du monde des poids mi-lourds, Georges Carpentier, a assisté à la victoire de Siki sur Marcel Nilles et pense que Siki sera un adversaire « à la portée » de Carpentier. Le combat a lieu le 22 septembre 1922, et Siki est le premier boxeur noir depuis 7 ans à disputer un championnat du monde de boxe.

Carpentier, l’idole de toute la France, boxe pour la première fois au pays depuis 3 ans. Siki semble être un parfait faire-valoir. 40 000 personnes sont massées au stade Buffalo de Montrouge pour assister au spectacle. Le début du combat semble donner raison au manager de Carpentier puisque Siki va deux fois « au tapis » lors des deux premiers rounds. Carpentier, grisé par le début du combat aurait prononcé la fameuse phrase : « dépêchons nous donc, il va pleuvoir » ! Siki retrouve son punch lors du troisième round, au cours duquel il envoie Carpentier au tapis.

carpentier boxeA partir de ce moment, Siki domine le combat et l’ironie change de camp lorsqu’il chambre Carpentier en lui disant « vous ne frappez pas très fort monsieur Georges » ! Au 6è round, Siki envoie définitivement Carpentier au tapis en lui assénant un uppercut du droit. L’arbitre disqualifie dans un premier temps Siki pour une obscure raison, avant de revenir sur sa décision 20 minutes plus tard, sous la pression de la foule qui manifeste sa désapprobation, prenant fait et cause pour Siki dont la victoire est nette. Siki, (qui est français puisque le Sénégal est à l’époque une colonie française), devient le premier africain champion du monde de boxe. Le manager de Carpentier fait appel le 26 septembre, prétextant une « faute » sur son poulain. L’appel est rejeté.

Malgré une certaine popularité, (une de ses apparitions publiques à Paris provoque des attroupements pendant plus d’une heure), Siki n’échappe pas au racisme. Certains journaux l’appellent le”championzee” ou “l’enfant de la jungle”. Un autre journal, “l’intransigeant”, publie un récit dont le titre est : “Siki donnerait la moitié de ses victoires pour devenir blanc”. Le manager de Siki n’est pas en reste puisqu’il déclare dans la presse que “Siki a du singe en lui”. Le boxeur africain répond aux attaques en disant que “beaucoup de journalistes ont écrit que j’avais un style issu de la jungle , que j’étais un chimpanzé à qui on avait apprit à porter des gants. Ce genre de commentaires me font mal. J’ai toujours vécu dans de grandes villes. Je n’ai jamais vu la jungle.”

Malgré ce court moment d’introspection, Siki ne prête pas trop attention à ce qui s’écrit dans les journaux, et profite de la vie. Selon la légende, il lui arrive de se balader dans les rues de Paris en tenant un lion en laisse (!), de tirer quelques coups de feu en l’air après avoir abusé de liqueurs dans les plus célèbres clubs et restaurants de Paris. Il aime l’alcool, les vêtements extravagants et les femmes blanches (ses deux femmes seront d’ailleurs blanches), ce qui n’est pas toujours bien vu à l’époque.

Battling Siki remet son titre en jeu contre un boxeur irlandais, en Irlande, le jour de la St-Patrick, en pleine apogée de la guerre civile irlandaise. Des coups de feu et des explosions se produisant à l’extérieur de la salle sont audibles pendant le combat. Toujours est-il que sur le ring, Mike Mc Tigues est déclaré vainqueur par les arbitres après un match très serré qui est allé jusqu’au 20ème round et sa victoire, selon les observateurs, n’est pas due à un “arbitrage à domicile”.

Battling Siki combat

A la suite de cette défaite, Siki perd un autre combat contre Emile Morelle, cette fois par disqualification, et du même coup ses titres de champion d’Europe et de France. Il enchaîne malgré tout par deux victoires par KO en France avant d’émigrer vers les Etats-Unis où il dispute son premier combat (perdu en 15 rounds) en terre américaine en novembre 1923. Il connaît également la défaite dans un autre combat un mois plus tard. En 1925, Siki laissa définitivement passer la chance de faire redémarrer sa carrière en perdant en 10 rounds contre Paul Berlenbach.

Le style de vie de Siki (alcool, femmes, bagarres de rue) en dehors du ring attire désormais plus l’attention que ses prestations sur le ring. Le 15 décembre 1925, Louis Fall “Battling Siki”, qui était sorti en disant à sa femme qu’il allait “faire un tour avec des amis” est retrouvé mort, au pied d’un immeuble de la 41è rue, dans le quartier de “Hell’s Kitchen”, près de chez lui. Il a été abattu de deux balles dans le dos, tirées de près. Il n’avait que 28 ans.

Pour Eduardo Arroyo, auteur d’un livre retraçant la carrière du boxeur noir “Panama” Al Brown (1902-1951), Siki a été tué car il se permettait là-bas ce qui lui était interdit : “il aimait les femmes blanches, les voitures blanches, les chiens blancs, le jazz et le champagne. C’était trop d’insolence et de nargue”. (…) Quand Alfonso apprit la nouvelle de l’assassinat de l’ex-champion du monde, il comprit vite qu’était arrivée l’heure de changer de lieu, d’émigrer vers le vieux continent, de quitter Harlem. (…)
Et Non Louis Battling Siki n’était pas comme Joe Gans qui savait rester modeste et calme dans son coin, essayant toujours de passer inaperçu. De Battling Siki, on ne pouvait pas dire : “he is the withest nigger”.

Par Paul Yange