Bango: les oiseaux du ‘lac’ avant sa disparition

Bango: les oiseaux du ‘lac’ avant sa disparition

Avant sa disparition programmée, par comblements et pollutions, le petit lac de Bango – qu’on appellerait chott ou sebkha en Afrique du nord, était un reposoir attractif pour de nombreuses échasses blanches (himantopus himantopus) – parfois près de 200 individus- et même les flamants roses (phoenicopterus roseus), en particulier des immatures. Lorsque la plaine alluviale au nord du Lampsar s’est asséchée, et qu’au sud de la rivière les lagons saumâtres se sont évaporés, notre lac, lové au pied de l’ancienne dune qui supporte l’oasis et le village de Bango était un point d’eau jamais à sec. Pour ceux qui ne rejoignaient pas les Trois-Marigots, le Gandiolais ou le sud du pays, les limicoles y stationnaient (tringa sp., limosa limosa et philomachus pugnax), profitant alors de ses vasières (calidris sp.. et charadrius sp.) et de ses terrains salés (charadrius pecuarius, burhinus et vanellus senegalensis, motacilla sp. et galerida cristata). Même les balbuzards pêcheurs (pandion haliaetus) du fleuve y venaient parfois faire quelques survols. Quant à la roselière qui s’ouvrait sur de luxuriants jardins et vergers, aux portes de la cocoteraie la plus septentrionale d’Afrique, celle-ci était faite de massettes originelles, pas supplantées par l’exogène typha australis qui pullule partout où l’eau douce est devenue la règle forcée: ici le saumâtre règne en maître… Dans les roseaux, quelques gallinules poules d’eau (gallinula chloropus), les inévitables tisserins (ploceus sp.), les pouillots (phylloscopus sp.) et phragmites des joncs (acrocephalus schoenobaenus) de l’hiver; en fin de mousson et au cours des migrations trans-sahariennes, la roselière était surtout un arrêt idéal pour les rousserolles (acrocephalus sp.) et les locustelles (locustella sp.).

“Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens bien”
– Norbert Zongo (1949-1998)

Tout cela est bientôt fini. Mais comme tout le monde s’en fout, ma foi… Il y aura là des fondations de détritus et de plastique, sur l’étouffoir duquel émergeront des pyramides de briques de sable au ciment, sans ordre ni grâce, du bâti plus ou moins achevé, toujours en travaux, d’architecture impersonnelle et vulgaire, sans un arbre, sur des sols asphyxiés de sel et de tous les effluves toxiques, dans les bourrasques de poussière et sous le feu du ciel: c’est tellement mieux. Tellement plus à portée d’Hommes. Et dire que chaque jour passent à coté de l’agonisant cloaque des gens bien installés, bien informés, qui détournent le regard ! Impuissants ? Indifférents ?

Sources et photos, Frédéric Bacuez pour Ornithondar